Une honte et une déception encore

Les chefs du parti Gesher, Labour et Meretz, Orly Levy, Amir Peretz et Nitzan au siège du parti le soir des élections, à Tel Aviv, le 2 mars 2020. Photo Avshalom Sassoni / Flash90
Les chefs du parti Gesher, Labour et Meretz, Orly Levy, Amir Peretz et Nitzan au siège du parti le soir des élections, à Tel Aviv, le 2 mars 2020. Photo Avshalom Sassoni / Flash90

Dommage que chaque fois qu’un leader dans l’arène politique prétend être celui ou celle qui donne la priorité au social, le constat sur le terrain électoral souvent décevant. Et pourtant, à chaque campagne, nous pensons que cette fois-ci est la bonne, que le souci porté aux pauvres est au diapason de leur attente, que la répartition des ressources sera enfin équilibrée et qu’un leadership se montrera favorable envers les oubliés. Mais, très vite la désillusion revient avec l’impuissance et le dégoût.

Dommage que la parlementaire Orly Lévi-Abécassis, sympathique et probablement intelligente, se manifeste en trompant son monde. Comme si c’était pour elle les conditions du succès. Hélas, la confiance est à nouveau brisée avant même que l’espoir portée au social ne soit confirmé. Bien que les déserteurs parmi les élus aient toujours existé, les lois promulguées au fil des années auraient dû faire disparaitre ce comportement indécent. 

Candidate parlementaire aux élections pour la XXe Knesset, Orly Levi-Abécassis s’est découverte comme indésirable – ni en tant que parlementaire ni en tant que militante dans le domaine social. Malgré son échec au avant dernières élections, à peine la moitié du suffrage de blocage a été obtenu par son parti. Amir Péretz voulant récolter des voix de la droite, misa sur elle et lui accorda la deuxième place dans sa liste de gauche.

Un choix qui s’avère inopérant, en dépit de l’expérience politique de celui-ci. Comme son prédécesseur Avi Gabay, Amir Peretz n’a pas compris la répugnance des électeurs du Likoud pour les Travaillistes et tout ce qui rappelle ses origines de ce parti. 

Tous les deux originaires du Maroc, Perets et Lévi-Abecassis n’ont pas pu faire entendre la voix de leurs compatriotes, ni de celle des électeurs qui leur sont proches. Pour preuve, Sdérot, où Péretz a débuté sa carrière politique en étant Maire, son bloc de gauche a recueilli seulement 4,3%. De plus, à Beit Shéan, forteresse de la famille Lévi, le bloc de gauche rejoint par Orly Lévi-Abécassis n’a récolté que 1,6% du suffrage. En revanche, la politique floue d’Amir Péretz et de ses partenaires a éloigné une bonne partie de l’électorat traditionnel des Travaillistes. Indifférentes et réticentes à coopérer, ces voix ont été perdues.

Déjà avant les élections à la 21e Knesset, Amir Peretz avait la possibilité de s’associer le parti Meretz, son allié naturel dans la famille de gauche. La cohérence de la cause commune, politique et sociale, aurait gagné beaucoup plus de voix. Le peuple demande de la clarté. Il en a assez de la tromperie. Il n’est plus possible de mentir. Comme on dit, vous ne pouvez pas saisir la corde des deux côtés. Cela n’a pas l’air sérieux, et c’est surtout prétentieux.

Il y a environ cinq ans, Moshe Kahlon plus expérimenté est apparu tel un cheval fougueux. Il a formé un parti qui prônait en premier le social. Il a triomphé avec dix sièges. Mais l’euphorie à céder à l’illusion. Il a oublié les promesses faites à ses électeurs. Par manque de vision ou par mépris, il a ignoré ses engagements. Et ceux-là se sont vengés comme le mériterait un traître. Kahlon est retourné à sa source politique, le Likoud. En tant que leader raté, n’ayant plus trouvé sa place il a décidé de quitter la carrière politique.

Orly Lévi-Abecassis, est devenue la championne du zigzag en un temps record. Du parti Israël Beténu où elle débuta en 2009, elle passe au statut de parlementaire indépendante. Chef du parti Gesher, créé sur les traces de son père, elle s’était présentée aux élections pour la 20e Knesset, sans succès. Son parti a rejoint alors les Travaillistes, avant de s’unir au Méretz, pour former un bloc de gauche. 

Quelques jours avant les dernières élections, Orly Lévi-Abécassis a confirmer dans une interview télévisée qu’elle n’aurait aucun problème à rejoindre un gouvernement dirigé par Gantz et avec le soutien des partis arabes. Une bonne intention qui sera reniée aussitôt les élections finies. Élue grâce à la liste du bloc Gauche, Lévi-Abécassis tourne sa veste et ignore ses engagements. Sans attendre elle quitte sa nouvelle formation tout en gardant son mandat.  Une tromperie intolérable ! Son comportement rappelle un jeu de chaises. Mais ce ne sont pas des « chaises musicales » ni des « chaises pour des jeux d’enfants ». Il s’agit clairement de jeux d’opportuniste. 

Apparemment, Orly Lévi-Abécassis s’est soudain souvenue de son enfance et de la maison de son père, David Lévi leader au Likoud aux années 1977-2007.  Elle décide alors de soutenir la droite, en vue de rejoindre le Likoud. Oh, tellement de zigzags en si peu de temps qu’il est difficile de la suivre ! Et surtout difficile de la prendre au sérieux. Elle aurait dû se mettre dans un période de confinement avant de mettre en cause sa carrière politique. Si elle veut encore sauver un peu de sa dignité, elle devrait démissionner de la Knesset et rendre immédiatement le mandat au parti qui le lui a accordé.

Le sort d’Orly Lévi-Abécassis, de Moshe Kahlon ainsi que d’autres comme eux ne m’inquiètent nullement. Leurs moyens de subsistance sont assurés. En tant qu’anciens membres de la Knesset, ils bénéficient de pensions à vie. Cependant le sentiment d’échec et les assauts de la calomnie les hanteront dans leur vie comme dans l’Histoire. 

Je suis vraiment désolé que les parlementaires de la Knesset soient de plus en plus décevants. La politique n’est pas une aire de jeu. Ce n’est pas non plus une arène d’autopromotion au détriment des électeurs ni même de ceux qui acceptent d’être des « pigeons ». Elle est censée être éclairée et porteuse d’une vision. Il est temps que ces élus soient conscients qu’ils ont été choisis pour servir leurs électeurs, et non pas l’inverse.

Il ne reste plus qu’à espérer que nous ne tomberons plus dans de telles situations périlleuses. La démocratie nous a donné les élections pour protéger les citoyens dans leur globalité et non pour accorder des privilèges aux délégués de service. Il est temps que le public choisisse selon ses convictions. Pas de jeux de hasard ni de gaspillage de votes.

Il est important de noter à cette occasion que chaque fois qu’une actualité est dérangeante de la part d’un membre de la Knesset d’origine marocaine, certains citoyens effrénés sortent des armes chargées de préjugés. Encore une occasion de creuser la rupture générale présente dans la société. Encore des déclarations ségrégationnistes. Encore des coups de gueule gratuits. Certes, dans le cas actuel, la démarche d’Orly Lévi-Abécassis nécessite une condamnation. Une critique constructive est toujours la bienvenue ! Des réactions sexistes, racistes ou tendancieux sont condamnables. 

Tout ceci peut sembler par les temps qui courent dérisoire, face aux urgences planétaires, autour du péril du Corona virus. Mais, à bien y regarder les virus sont de toutes sortes, petits ou grands, en ce monde. 

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
Comments