Une folle semaine

Les législateurs israéliens se tenant dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/POOL via AP)
Les législateurs israéliens se tenant dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/POOL via AP)

C’est le Premier ministre lui-même, Naftali Bennett, qui l’a dit en s’envolant pour la conférence de Glasgow : Israël allait connaître « « une folle semaine » à l’occasion de la discussion du budget à la Knesset.

En fait, la folle semaine était plutôt celle qui venait de s’achever, après des polémiques incessantes au sein du gouvernement : entre Ayelet Shaked et Yaïr Lapid jugé par elle « superficiel » ; entre le Parti Travailliste et le ministre de la Défense qui a autorisé la construction de plus de 3 000 logements dans les implantations juives en Cisjordanie et déclaré terroristes six associations palestiniennes ; au sein même du parti du Premier ministre, Yemina (A droite), une députée, Shirley Pinto, attaquant le ministre Abir Kara qui voulait trop alléger les normes relatives à l’accessibilité des locaux aux handicapés.

Naftali Bennet n’était pas en reste, puisqu’au cours d’une conversation privée, il aurait déclaré que la rotation prévue au poste de Premier ministre au profit de Yaïr Lapid en août 2023 ne se produirait pas, le gouvernement devant sans doute tomber avant. Après maintes explications embarrassées, des rencontres et des conciliabules, tout serait rentré dans l’ordre et l’harmonie semblait régner lors d’une rencontre amicale organisée vendredi matin pour les ministres, les député(e)s de la coalition et leurs conjoint(e)s. Un happy end comme à Hollywood ! Il ne faut pas s’y tromper : il y aura d’autres folles semaines à l’occasion de divergences qui relèvent soit de l’idéologie – notamment sur tous les sujets touchant au conflit avec les Palestiniens – soit du choc des ambitions avec des fortes personnalités – comme Benny Gantz ou Yaïr Lapid – défendant becs et ongles leur quant-à-soi … et leur avenir.

Après cette folle semaine, la première du mois de novembre pourrait s’avérer finalement plus calme que prévu avec une opposition tentant de débaucher un député de la coalition qui mettrait en cause l’adoption du budget. Mais tous les partis soutenant le gouvernement se sont engagés à voter la loi de Finances et l’important programme de réformes qui l’accompagne.

L’exécutif, prudent, entend accélérer les débats afin d’avoir quelques jours de battement en cas de difficulté avant le 14 novembre. Si le budget n’était pas adopté à cette date, le gouvernement tomberait automatiquement et des élections seraient organisées dans les 90 jours. Mais Binyamin Netanyahou lui-même aurait manifesté le plus grand scepticisme à cet égard. Une fois le budget adopté, il sait que dans les mois voire les années à venir, il aura encore beaucoup de mal à réunir 61 députés pour voter une motion de censure. Sauf à parier sur une implosion de la coalition au cours d’une nouvelle folle semaine.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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