Une étincelle d’hébreu : “Hossen”, la force et l’immunité

Le mot hébreu qui désigne le vaccin, “Hissoun” (חיסון), est relativement récent. Il apparaît dans un article publié en 1896 par le Dr Itshak ben Yossef Touvin de Saint-Pétersbourg dans le journal Hamelitz, intitulé “La diphtérie et ses nouvelles thérapies”. Pour justifier son choix, il expliquait qu’il avait voulu “reproduire en hébreu le concept d’immunité, en choisissant le mot hébreu de “Hossen” (חוסן) qui désigne à la fois le concept de courage et celui de protection”. (1)

Le choix du mot Hissoun s’explique donc par sa parenté avec celui de Hossen (חוסן), qui apparaît dans la Bible, tantôt dans le sens de richesse matérielle (dans le Livre des Proverbes : “Car les biens ne dureront pas toujours…”), tantôt dans celui de sécurité (Isaïe 33-6 : “Ta vie sera entourée de sécurité”). On trouve aussi, sur la même racine, le mot Hassin (חסין) qui signifie aujourd’hui fort, robuste, immunisé. Un piyout datant du Moyen-Age qualifie Dieu de “Hassin Kadosh”, qu’on pourrait traduire par “Fort et puissant”. Ce piyout a été interprété en 2006 par le chanteur Ovadia Hamama, et il est devenu un “tube” très apprécié du public israélien, toutes tendances confondues.

Dans l’hébreu d’aujourd’hui, le mot Hossen a changé de sens, pour désigner la force et la puissance. Il désigne aussi la résilience, notamment celle de notre État et de notre pays, en guerre contre de nombreux ennemis depuis sa création. Le Dr Eyal Levin, de l’université d’Ariel, étudie ainsi la “résilience nationale” d’Israël et son évolution récente. Il déclarait il y a une dizaine d’années que Le système Dôme d’acier n’exprime pas notre résilience nationale, mais au contraire notre faiblesse”.

Quel rapport entre la force, la résilience nationale (חוסן לאומי) et la vaccination (חיסון) ? De même que la résistance du corps humain face aux virus repose non seulement sur l’immunité naturelle, mais également sur celle qu’apportent les vaccins, de même la force d’une nation ne peut être mesurée uniquement à ses armements, même les plus perfectionnés. Car la puissance d’une armée n’est jamais acquise. Elle doit être régulièrement renforcée, par des « rappels de vaccins » que sont les attaques incessantes de nos ennemis. 

En réalité – comme l’avait compris le père de la doctrine stratégique de l’État juif, Zeev Jabotinsky (2) – la force militaire n’est pas une donnée acquise et constante. “Nous n’avons pas encore atteint le stade du militarisme”, écrivait-il, en mettant en garde contre l’illusion mortelle du pacifisme. Le fait que nos ennemis ne cessent de nous attaquer et de nous “titiller” de leurs piqûres de moustique constantes – comme des Lilliputiens attaquant Gulliver – n’est pas seulement un mal.

Il est aussi une piqûre de rappel, qui nous permet de mettre à l’épreuve régulièrement notre force et notre résilience nationale, sous peine de nous endormir sur nos lauriers. Aucune force, aucune bonne santé n’est jamais acquise définitivement. Elles sont – au niveau individuel comme à celui de la Nation – un combat perpétuel. Que l’année 5782 apporte à chacun de nous la santé, et la force véritable à notre armée et à notre État !

  1. Voir Yaakov Etsion, “Beyn Ha-hissoun lé Hok ha-Hassinout”, https://www.makorrishon.co.il/opinion/226185/
  2. J’ai le plaisir d’annoncer la parution du deuxième tome de la Bibliothèque sioniste, “Réflexions autour de la tradition juive, Etat et religion dans la pensée du Roch Betar”. En vente dans les librairies françaises d’Israël.
à propos de l'auteur
Pierre est né à Princeton et a grandi à Paris avant de faire son alyah en 1993. Il a travaillé comme avocat et traducteur. Il a notamment traduit en français l'autobiographie de Vladimir Jabotinsky. Pierre vit depuis plus de 20 ans à Jérusalem et a collaboré avec des publications francophones, parmi lesquels le Jerusalem Post et Israel Magazine. Il est passionné par le sionisme et son histoire.
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