Une équation à plusieurs inconnues

Le deuxième round de négociations pour la formation d’une coalition gouvernementale a commencé. Binyamin Netanyahou ayant achevé le premier round sans résultat, le mandat a été confié à Benny Gantz. Au terme d’un discours remarqué lors de l’attribution de la mission, il a fait preuve d’un optimisme sans doute un peu exagéré. Car les conditions de base de la négociation n’ont pas changé. Le Likoud refuse de négocier en son seul nom mais comme représentant du bloc des 55 députés de droite et ultraorthodoxes. Par ailleurs, il continue de se réclamer du projet avancé par le président Rivlin prévoyant une rotation au poste de Premier ministre, Binyamin Netanyahou devant être le premier à occuper la fonction. Ce sont précisément ces deux points que conteste Kahol Lavan.

Le parti de Benny Gantz considère qu’il doit négocier avec chaque parti séparément, et qu’étant arrivé en tête aux élections, il lui revient d’occuper en premier le poste de chef du gouvernement. Derrière ces deux propositions, il y a d’abord l’intention de faire éclater le bloc de droite. Kahol Lavan a ainsi proposé la formation d’un gouvernement pour quelques mois sans les formations ultra-orthodoxes afin de pouvoir légiférer sur le thème des relations entre l’Etat et la religion. Les partis ultra-orthodoxes, qui ne peuvent se passer des financements publics, pourraient finir par se laisser tenter. Il y a aussi l’espoir que Binyamin Netanyahou ne redevienne jamais Premier ministre après une décision de justice qui devrait intervenir dans les prochaines semaines.

Afin de décider ses partenaires à évoluer, Benny Gantz dit n’écarter aucune possibilité, ce qui signifie qu’il envisage la faisabilité d’un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur par les partis arabes, Israel Beitenou, de son côté, s’abstenant lors du vote d’investiture. Mais rien ne dit que le parti d’Avigdor Liberman qui s’est toujours réclamé d’un nationalisme intransigeant soit prêt à ce sacrifice.

Au sein même du parti de Benny Gantz, qui, rappelons-le, groupe des personnalités de gauche et de droite, des voix s’élèvent pour refuser cette solution. Benny Gantz se trouve donc face à une équation à plusieurs inconnues, d’où le blocage actuel.

Une solution pourrait cependant intervenir à terme si l’on en croit David Bitan, député Likoud et ancien chef de la coalition : lorsque le mandat de 28 jours confié à Benny Gantz arrivera à son terme sans résultat, la Knesset, dans les 21 jours qui lui seraient alors impartis, pourrait bien trouver un candidat susceptible de réunir une majorité de 61 députés. Ce qui signifierait que l’un des blocs ou les deux éclateraient. Et l’équation serait résolue.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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