Une élection au pays des généraux

Chacun le sien. En ce début de campagne électorale, les généraux sont très courtisés par les partis. Le Likoud bénéficie déjà du ralliement de Yoav Galant. Yesh Atid, après avoir recruté la première femme devenue générale, Orna Barbivaï, courtise activement deux anciens chefs d’Etat-Major, Moshé Yaalon et Gabi Ashkenazi. Et la liste n’est pas exhaustive … Pourquoi un tel engouement pour les militaires dans une élection civile ?

Tsahal, armée de conscription, bénéficie d’un consensus au sein de la population. La sélection pour servir dans les unités prestigieuses, y devenir officier et monter dans la hiérarchie est telle, que seuls des hommes et des femmes intelligents et équilibrés arrivent à franchir tous les obstacles.

Les hauts responsables de l’armée ont un sens des responsabilités qui manque parfois aux politiques. Ainsi, ce sont les hauts gradés de l’armée et du Mossad qui ont dissuadé Binyamin Netanyahou d’attaquer les installations nucléaires iraniennes, initiative qui aurait pu s’avérer contre-productive.

En un mot, les généraux, et particulièrement les anciens chefs d’Etat-Major, bénéficient d’une présomption de compétence et de sérieux qui leur vaut la confiance du public. Nul besoin d’être devin pour estimer, qu’avec la menace iranienne et de ses affidés, le Hamas au sud, le Hezbollah au nord, la question sécuritaire dominera à nouveau les débats électoraux.

Aussi, fort de son nouveau statut de ministre de la Défense, Binyamin Netanyahou multiplie les apparitions télévisées au milieu des soldats et révèle des opérations aériennes dirigées contre l’Iran qui jusque-là ne bénéficiaient pas d’une telle publicité. Le Premier ministre entend par là signifier, que, lui, ancien officier des commandos, ne peut être pris en défaut sur le terrain de la sécurité.

Mais le calendrier judiciaire pourrait perturber ce bel ordonnancement, et la position de Binyamin Netanyahou souffrirait d’une mise en examen avant les élections. D’autant qu’en face de lui, son principal adversaire, Benny Gantz, lui aussi, ancien chef d’Etat-major, vient de sortir de son mutisme, et pas sur n’importe quel sujet : pour déclarer qu’il convient de corriger la loi sur l’Etat-Nation, ce texte emblématique porté par le gouvernement sortant qui ignorait les minorités du pays au profit d’une conception ethnocentrique d’Israël comme Etat juif.

Une façon de signifier qu’il entend défendre une vision de l’avenir du pays sensiblement différente de celle promue par Binyamin Netanyahou et les siens. Il y aura bien des développements d’ici le 9 avril, et nombre de micros-partis qui viennent de se créer préféreront rejoindre des listes plus crédibles … où des officiers prestigieux figureront en position éligible. Au pays des généraux, la bataille électorale a déjà commencé. Elle sera sans pitié.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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