Une économie de guerre exige une bonne dose de raisonnabilité

La poursuite de la guerre entre Israël et le Hamas exige des mesures immédiates de nature à permettre à l’économie de tourner ; des mesures qui éloigneraient aussi le risque de voir rétrograder la note de crédit d’Israël.

Depuis qu’en juillet dernier, la Knesset a annulé la possibilité pour le pouvoir judiciaire de se prononcer sur « le caractère raisonnable » des décisions du gouvernement ou de la Knesset, il est mal vu en Israël de parler de raisonnabilité.

Or en période de guerre, la raison doit l’emporter sur des manœuvres politiciennes ; une bonne dose de raisonnabilité est nécessaire pour gérer une économie qui doit continuer de tourner alors que des roquettes ennemies tombent sur son territoire et qu’une bonne partie de sa main d’œuvre est au front.

Récemment, les agences internationales de notation financière Moody’s, Fitch et S&P ont placé Israël sous surveillance ; elles ont notamment alerté sur des risques qui pourraient conduire à un abaissement de la note, ce qui renchérirait les emprunts levés à l’étranger. Pourtant, des mesures simples et raisonnables permettraient au gouvernement israélien d’éloigner le risque d’une baisse de la notation, tout en redonnant confiance aux investisseurs étrangers.

Bonne gouvernance

Plus de six semaines après le début de la guerre et alors que l’économie d’Israël est plongée dans un grave état d’incertitude, le Premier ministre Netanyahou et son ministre des Finances Smotrich ont fini par se mettre d’accord : ils ont annoncé la prolongation du mandat du gouverneur de la Banque centrale d’Israël, le professeur Amir Yaron, pour cinq années supplémentaires. Même prise à la dernière minute, cette bonne nouvelle va renforcer la confiance des investisseurs dans les institutions du pays, et donc réduire les risques financiers.

Il serait bon aussi de prendre des mesures qui seraient considérées comme un signe de bonne gouvernance en période de guerre. Il faudrait, par exemple, limiter le nombre pléthorique de portefeuilles ministériels : avec 43 ministres et vice-ministres, le sixième gouvernement Netanyahou ne fait pas passer un message de responsabilité et ne fait pas preuve d’un souci d’économies budgétaires.

Parmi les ministères créés pour les besoins de la coalition et qu’il serait possible de supprimer sans entraver la bonne marche du gouvernement : le ministère du Patrimoine, le ministère de la Diaspora, le ministère de l’Égalité sociale et des Retraités, le ministère de Jérusalem et de la Tradition d’Israël, le ministère des Missions Nationales, le ministère des Affaires Stratégiques. La fermeture de ces administrations permettrait de réorienter les « fonds de la coalition » (13,7 milliards de shekels pour 2023-2024) vers le financement de l’effort de guerre.

Autre décision de bonne gouvernance qui s’impose : nommer les 50 juges qui manquent dans les tribunaux du pays. Les postes laissés vacants par les départs à la retraite ne sont pas pourvus depuis plus d’un an, ce qui handicape le bon fonctionnement de la justice israélienne.

Budgets rectificatifs

En mai dernier, la Knesset adoptait un budget biannuel pour les années 2023-2024. Bien sûr, les députés ne pouvaient pas prévoir que, cinq mois plus tard, le budget de l’Etat deviendrait caduc et que le gouvernement devrait revoir sa copie.

La semaine dernière, le gouvernement israélien a approuvé un budget rectificatif pour 2023, prévoyant une rallonge de 30 milliards de shekels. Cette révision budgétaire, que la Knesset devra encore entériner, n’a pas touché aux fonds de la coalition destinés principalement à la colonisation et aux juifs ultra-orthodoxes.

Quant au budget de 2024, il doit être entièrement revu et corrigé selon les nouvelles priorités dictées par l’état de guerre qui va se prolonger sur une partie de l’année à venir. Or en ce début décembre et après 60 jours de conflit, aucun budget rectificatif pour 2024 n’a été déposé sur la table du gouvernement israélien et pour cause : le ministre des Finances Smotrich s’oppose encore aux fonctionnaires de son administration qui viennent de revoir à la baisse les prévisions de croissance.

Si 2023 s’achève dans un désordre budgétaire inévitable, il est indispensable d’adapter les finances publiques de l’année prochaine (recettes, dépenses et déficit) aux contraintes et besoins créés par l’état de guerre.

En faisant preuve de responsabilité budgétaire, le gouvernement israélien fera aussi preuve de raisonnabilité ; ce qui rassurera la communauté internationale ainsi que les agences de notation financière chargées d’évaluer le risque de non-remboursement de la dette publique.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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