Une campagne comme les autres

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de l'allumage de la 8e bougie de Hanukka, le 29 décembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de l'allumage de la 8e bougie de Hanukka, le 29 décembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90

Binyamin Netanyahou, fort de sa victoire aux primaires du Likoud (72,5% des voix), entend bien passer à une autre étape qui conforterait sa position avant les élections du 2 mars : demander l’octroi d’une immunité qui le mettrait à l’abri des poursuites judiciaires tout au long de son mandat.

Cette protection juridique viendrait à point nommé si la Cour suprême déclarait qu’un député mis en examen ne peut se voir confier la tâche de constituer un gouvernement. L’immunité ne mettrait sans doute pas fin à l’imbroglio juridique, mais serait utilisée par le chef de la droite pour mener tambour battant une campagne dont tout laisse penser qu’elle sera d’une violence rare.

On en connaît déjà les thèmes. Le Likoud contestera la légitimité de ses adversaires en prétendant que, à défaut de pouvoir battre Binyamin Netanyahou dans les urnes, ils essaient de le faire par voie judiciaire. Les partis de droite affirmeront que, pour former une coalition, les partis de l’opposition s’appuieront sur les députés arabes de la Liste unifiée présentés comme des « antisionistes soutenant le terrorisme ».

Du côté de Bleu-blanc, on répliquera qu’on ne peut faire confiance à un responsable politique sous le coup de trois mises en examen. Benny Gantz et les siens en déclarant « ne vouloir exclure personne » tenteront d’échapper à l’accusation selon laquelle ils dépendraient du vote des députés arabes.

En clair, ils n’écarteront pas la perspective d’inclure dans leur coalition les partis religieux. Avigdor Liberman dénoncera les privilèges dont bénéficie le public ultra-orthodoxe, et plaidera pour une séparation entre la religion et l’Etat. Les partis de gauche (Parti travailliste-Gesher et Meretz) reprendront mezzo vocce cette thématique, y ajoutant quelques revendications sociales sur la santé ou l’éducation.

En somme, cette campagne pourrait bien ressembler aux précédentes : beaucoup de messages négatifs et peu ou pas d’idées de fond. Cette atonie du débat politique doit beaucoup au système électoral. Avec une proportionnelle intégrale et un seuil de représentativité relativement bas (3,25%), les majorités dépendent d’un ou deux sièges.

Les alliances entre les partis et la constitution des listes accaparent beaucoup d’énergie. La place occupée par Binyamin Netanyahou dans la vie politique israélienne explique aussi largement le caractère très polémique des campagnes électorales dominées par les slogans « Tout sauf Bibi » pour ses adversaires et « Rien que Bibi » pour ses partisans.

On rêverait d’une campagne animée par de brillantes controverses sur la sécurité, l’économie ou la situation sociale du pays, avec un ou plusieurs débats télévisés entre les grands leaders. C’est sans doute trop demander à un système politique bien malade.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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