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Une campagne affligeante

Pour Philippe, les Israéliens et l’avenir du pays méritent mieux que le pénible spectacle qui nous est imposé aujourd’hui : accusations sans fondements, calomnies et fake news

Il fallait s’y attendre. La dissolution de la Knesset ne répondait à aucune nécessité politique – Binyamin Netanyahou avait encore une majorité – ni sécuritaire : le pays est confronté aux mêmes dangers qu’il y a trois mois.

C’est le calendrier judiciaire qui a bousculé les échéances. Certain de la proposition du conseiller juridique de le mettre en examen, Binyamin Netanyahou avait parié sur une élection à une date rapprochée lui évitant d’être confronté à cette menace en pleine campagne. On sait qu’il n’en a rien été.

C’est sans doute aussi cette perspective de voir le Premier ministre affaibli et donc pouvant plus facilement être battu, qui a encouragé l’union de ses principaux adversaires, Benny Gantz et Yaïr Lapid.

C’est donc sur des bases très hypothétiques et très polémiques que la campagne s’est engagée. Loin d’être consacrée au débat d’idées, qui n’occupe qu’une place marginale, c’est une série de publicités négatives, sous forme de petits films vidéo, qui rythme la campagne.

La stratégie de Binyamin Netanyahou est claire : démasquer la liste Bleu et Blanc comme une liste de gauche – le mot est devenu une insulte – qui s’allierait forcément, en droit ou en fait, avec les partis arabes pour avoir une majorité.

C’est le fameux slogan « Bibi ou Tibi » (du nom du leader du principal parti arabe). Jusque-là, on reste dans la politique. Mais la volonté de discréditer l’adversaire est allée plus loin, en cherchant à impliquer – sans succès – Benny Gantz dans plusieurs cas de harcèlement.

Pire encore, l’affaire de l’accès des services iraniens aux données du téléphone portable de Benny Gantz débouche sur une campagne laissant entendre qu’il serait le candidat du régime des Mollahs : ils le contrôleraient d’autant plus facilement qu’il se serait prononcé en faveur de l’accord international sur le nucléaire iranien.

On croyait avoir atteint là le sommet du dénigrement. Mais la ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, est allée plus loin, accusant les adversaires du Likoud d’être indirectement responsables de l’attentat qui le 17 mars en Samarie a coûté la vie à un soldat et gravement blessé deux civils.

Son chef, Binyamin Netanyahou, l’a réprimandé pour avoir enfreint ce qui est considéré comme sacré en Israël : le respect de la douleur des familles endeuillées. Mais, nul doute, que désormais, le ton est donné pour les trois semaines qui nous séparent du scrutin : accusations sans fondements, calomnies et fake news continueront à rythmer la campagne.

On laisse entendre qu’un débat télévisé entre les deux principaux protagonistes pourrait finalement avoir lieu. Il serait temps. Les Israéliens et l’avenir du pays méritent mieux que le spectacle affligeant qui nous est imposé aujourd’hui.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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