Un retrait du plateau du Golan serait un acte suicidaire

Un char israélien lors d'un exercice sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le mardi 4 août 2020. (AP Photo/Ariel Schalit)
Un char israélien lors d'un exercice sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le mardi 4 août 2020. (AP Photo/Ariel Schalit)

Voilà déjà 21 ans que Bachar el-Assad dirige la Syrie avec un bras de fer. Malgré la guerre civile, il maintient son pouvoir grâce au soutien de l’Iran et une présence militaire russe dans le pays.

Suite à la signature des Accords d’Abraham et la dernière visite du chef de la diplomatie émiratie à Damas, certains Etats de la Ligue arabe et des pays européens, dont la France, envisagent sérieusement de normaliser les relations avec le régime syrien. Soudain et honteusement, les appels pour traduire Assad en justice sont bizarrement caducs.

On pardonne facilement et sans scrupule au boucher de Damas les crimes de guerre, la terreur contre sa propre population, les armes chimiques et ses intentions de construire des sites nucléaires à des fins militaires.

On n’exige plus le départ de toutes les forces étrangères ni le retour des millions de réfugiés syriens dans leurs foyers. Ils vivent actuellement dans le froid hivernal et la misère dans de nombreux camps installés dans plusieurs pays, notamment au Liban, en Turquie et en Jordanie mais aussi en Europe.

Alors que l’Etat syrien se réorganise suite à la guerre civile, des voix s’élèvent actuellement pour exiger d’Israël le retour des hauteurs du Golan à la Syrie. En revanche, le gouvernement Bennet envisage de doubler la population israélienne dans les années à venir, et construire sur le plateau de nouveaux villages, et des centres industriels et commerciaux.

La population du Golan est actuellement de 52 000 résidents dont 23000 sont des druzes et alaouites, fidèles en majorité à Bachar el-Assad.

En Israël, certains observateurs soulèvent l’occasion de négocier avec les Syriens et ainsi transformer la donne géopolitique au Moyen-Orient en un voisinage de paix. Ce vieux pieux est-il réalisable aujourd’hui ?

Avant et durant la guerre des Six Jours de juin 1967, j’ai eu ce grand privilège d’être présent au centre névralgique des opérations de Tsahal. L’armée syrienne installée sur le plateau du Golan harcelait quotidiennement les villages israéliens situés dans la plaine du Jourdain, du Mont Hermon jusqu’au sud du lac de Tibériade. Une situation intolérable et invivable durant une vingtaine d’années.

Pour obtenir des renseignements précis nous étions à bord d’un avion léger Piper, à une altitude de 5000 pieds, pour pouvoir filmer les positions de l’ennemi… En développant les photos aériennes dans une chambre obscure, nous avons pu constater le nombre impressionnant et menaçant de chars et de canons dirigés contre nous…

Pourtant, Moshé Dayan, ministre de la Défense, refusait de lancer une opération préventive contre les Syriens par crainte d’une réaction soviétique. Ce n’est donc au cinquième jour, et après de fortes pressions du Général Elazar et des villageois que le plateau du Golan est envahi par la brigade Golani. Nous étions donc parmi les premiers à entrer dans la ville de Quneitra et à grimper sur le Mont Hermon, « les yeux et les oreilles » de Tsahal. Damas n’était qu’à une cinquantaine de kilomètres…

Depuis la fin de la guerre de juin 1967 à ce jour, les Syriens refusent tout compromis avec Israël et se préparent à récupérer le plateau du Golan par la force. Pourtant, plusieurs tentatives ont été entreprises pour aboutir à un accord de paix.

Rappelons brièvement, la Conférence de paix de Genève en 1974 et les accords de désengagements de Tsahal après la guerre de Kippour, ainsi que les nombreuses navettes d’Henry Kissinger, Warren Christopher et James Baker à Damas. Les propositions à Hafez el Assad de Benjamin Nétanyahou en 1996, les négociations d’Ehoud Barak en 2000 et Ehoud Olmert en 2008, ainsi que la fameuse rencontre à Genève du président Bill Clinton avec Assad. En octobre 1991, lors de la Conférence de paix de Madrid, des délégations israéliennes étaient présentes pour la première fois pour négocier la normalisation entre les deux pays voisins.

Aujourd’hui encore, Israël serait prêt à reprendre le dialogue pour aboutir à une normalisation diplomatique complète avec l’ouverture d’ambassades à condition bien entendu de prendre en considération tous les aspects sécuritaires et les garanties que nous avons obtenu de toutes les administrations américaines, de Gerald Ford à Donald Trump.

La reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan constituent un exemple important dans la gestion des conflits internationaux. C’est en réalité un accomplissement d’une série d’assurances diplomatiques antérieures données à Israël par les administrations passées sur un plateau stratégique d’environ 65 kms de long et 25 de large seulement. Le contrôle de Tsahal est vital pour défendre et protéger toute la Galilée contre des agresseurs de tous bords.

Les caractéristiques géostratégiques demeurent un facteur clé dans la détermination de la capacité du pays à se défendre. La Grande Bretagne n’a jamais été conquise non pas parce que son armée est forte, mais parce qu’elle est entourée par la mer. La Russie n’a pas été vaincue par Napoléon, ni par l’Allemagne en raison de la taille de sa profondeur stratégique. L’Union soviétique durant les années 1980, et les Etats-Unis récemment, n’ont pu contrôler l’Afghanistan en raison de sa taille et de ses caractéristiques topographiques.

Rappelons que l’Iran a fondé une branche syrienne du Hezbollah en 2014 dont le but est de conquérir le Golan et la Galilée et d’en faire avec le Liban une province de la Grande Syrie. Les Ayatollahs transfèrent toujours des armes sophistiquées au Hezbollah via Damas et le port de Lattaquié.

L’objectif militaire de l’Iran est de créer un corridor terrestre à travers l’Irak et la Syrie vers la Méditerranée, pour donc établir son hégémonie sur le Moyen-Orient et au-delà, depuis le Maroc, à l’Ouest, jusqu’aux émirats du Golfe et de nombreux États riverains de la mer Rouge.

Les Chancelleries ont aujourd’hui un choix à faire. Soit soutenir les revendications de l’Iran et de ses satellites, soit reconnaître les droits légitimes et sécuritaires d’Israël sur les hauteurs du Golan.

Depuis la guerre de Kippour de 1973, la Syrie n’a pas osé déclencher un nouveau conflit armé pour la simple raison que les forces de Tsahal sont installées sur les hauteurs du Golan. Déterminés à éviter par tous les moyens que le plateau stratégique ne se transforme pas en plaque tournante du terrorisme international, puis devenir après un territoire dominé par les Iraniens.

Un accord de paix officiel entre Israël et la Syrie n’est possible que si Israël accepte de se retirer du Golan jusqu’à la ligne du 4 juin 1967 et de ramener les forces syriennes sur les rives du lac de Tibériade. Un scénario cauchemardesque.

Depuis 1949, nous sommes en état de guerre officiel avec la Syrie. La majorité écrasante des Israéliens ne croient pas que le régime d’Assad souhaite une paix sincère et viable avec l’Etat Juif.

Devant le constat d’échec et face à la donne géopolitique, il est clair qu’un retrait total du plateau du Golan serait un acte suicidaire.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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