Un procès à dépolitiser

Début du procès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le tribunal de district de Jérusalem. Le Premier ministre Netanyahu est jugé pour corruption, fraude et abus de confiance. 24 mai 2020. Photo d'Amit Shabi / POOL
Début du procès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le tribunal de district de Jérusalem. Le Premier ministre Netanyahu est jugé pour corruption, fraude et abus de confiance. 24 mai 2020. Photo d'Amit Shabi / POOL

La crise gouvernementale à peine résolue, une semaine après la prestation de serment ministérielle, Israël est entrée dans une nouvelle phase de polémique politique.

Le procès de Binyamin Netanyahou qui a commencé le 24 mai devrait durer plusieurs années. D’abord parce qu’il s’agit de trois affaires, l’une relative à des cadeaux reçus de milliardaires, les deux autres concernant des tentatives pour obtenir une meilleure couverture médiatique.

Ensuite, parce qu’après trois ans et demi d’enquêtes et de procédures préparatoires, il s’agit d’un méga-procès : 333 témoins, des centaines de classeurs de documents. Mais le caractère particulier de ce procès ne tient pas à cela, mais au fait que, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, l’accusé est Premier ministre en exercice.

De surcroît, ce dernier a décidé de politiser au maximum cet épisode judiciaire. Selon lui, ce procès serait celui de toute la droite et résulterait d’un complot destiné à le faire chuter. Le refrain est connu : les juges, associés à la presse de gauche – forcément de gauche – auraient monté des accusations de toutes pièces pour une simple raison : ne pouvant battre King Bibi dans les urnes, ses adversaires politiques essaieraient de le faire sur le plan judiciaire.

Cette stratégie victimaire présente plusieurs avantages. D’une part, elle permet à Binyamin Netanyahou de souder son camp. Ainsi, des ministres, des parlementaires et des centaines de militants l’ont accompagné au tribunal. Ensuite, cela le dispense de répondre sur le fond. Enfin, cela empêche ses alliés de Bleu-blanc de se désolidariser : si l’objectif de l’accusation est de faire chuter le gouvernement, eux aussi sont visés.

Cela a conduit Benny Gantz à demander à ses ministres et à ses députés de ne pas personnaliser le débat et de s’en tenir à un soutien de principe au système judiciaire. Ce qu’ils ont fait. On peut supposer que cette politisation du procès devrait marquer le pas lorsque les juges aborderont le fond des dossiers : les cadeaux des milliardaires (dossier 1000) avaient-ils une contrepartie sous forme d’avantages fiscaux ou autres ?

La promesse d’une meilleure couverture médiatique de Binyamin Netanyahou et de sa famille par Yediot Aharonot (dossier 2000) ou par Walla ! (dossier 4000) était-elle faite en échange d’engagements de changements de la législation ou de certains appels d’offres ?

Car, il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes là dans un procès pénal, et que tout Premier ministre qu’il est, Binyamin Netanyahou est un justiciable comme les autres. C’est ce qu’ont voulu signifier les juges du tribunal de Jérusalem en refusant sa demande de ne pas assister à l’audience. Ces trois magistrats expérimentés ont aussi montré qu’ils ne se laisseraient pas impressionner.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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