Un plan d’aides peut en cacher un autre

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, évoque son plan de relance avec le directeur de l'Autorité fiscale israélienne Aran Yaakov au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 15 juillet 2020 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, évoque son plan de relance avec le directeur de l'Autorité fiscale israélienne Aran Yaakov au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 15 juillet 2020 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Alors que les fêtes de la nouvelle année juive se terminent, le ministère israélien des Finances annonce qu’il prépare un nouveau plan d’aides pour soutenir les Israéliens affectés par la crise économique.

Ce nouveau train de mesures permettrait notamment de calmer la colère des commerçants et indépendants touchés par le prolongement du confinement.

Le plan d’aides annoncé n’est pas le premier en Israël et il ne sera sans doute pas le dernier. Huit mois après le déclenchement de la pandémie de Covid-19, on peut s’interroger sur la nécessité d’un énième plan d’aides ; la crise économique est toujours là, elle est toujours la même, ses conséquences en sont connues. Pourquoi alors un nouveau plan d’aides ?

La réponse est simple : à défaut de plan global de relance économique, le gouvernement israélien s’est enlisé dans une politique à court terme, improvisant des mesures d’urgence à répétition. Les mini-plans d’aides successifs remplacent une stratégie à long terme de sortie de crise, stratégie qui reste impossible à mettre en œuvre dans le contexte actuel d’instabilité politique.

Des plans d’urgence à répétition

Face à une crise économique de grande ampleur, le gouvernement israélien en est donc réduit à parer au plus pressé ; de mars à juillet 2020, il a adopté une multitude de mesures qui visaient à répondre pas à l’urgence de la situation et qui concernaient surtout les secteurs paralysés par le tour-de-vis sanitaire.

Ces « plans d’urgence » se suivent et finissent par se ressembler, qu’on en juge :

– Le 11 mars 2020, le Premier ministre Benyamin Netanyahou annonce un « Plan de premier secours » pour sauver l’économie israélienne des retombées économiques de la crise du coronavirus. Montant du plan : 10 milliards de shekels (2,5 milliards d’euros) destinés principalement au système de santé et aux PME.

– Le 30 mars 2020, le ministre des Finances annonce un « Plan économique pour faire face au coronavirus » de 80 milliards de shekels (20 milliards d’euros) en quatre volets : un filet social pour les salariés et indépendants, des aides aux entreprises sous la forme de prêts et exonérations de charge, des crédits pour le secteur de la santé et un soutien à des activités stratégiques comme high-tech et infrastructures.

– Le 26 avril 2020, le ministre des Finances débloque une enveloppe de 6 milliards de shekels destinée à favoriser le « maintien et retour des salariés dans le milieu du travail ».

– Le 24 mai 2020, l’enveloppe budgétaire du plan économique adopté en mars dernier est élargi à 100 milliards de shekels (25 milliards d’euros).

– Le 28 juin 2020, le Premier ministre et son ministre des Finances annoncent le prolongement du versement des allocations chômage jusqu’à la mi-août pour les salariés mis en congé sans solde au début de la crise sanitaire.

– Le 12 juillet 2020, le Conseil des ministres adopte un plan de « renforcement du filet de sécurité 2020-2021 » destinés aux salariés, indépendants et PME. Les conditions d’attribution des allocations chômage et autres indemnités sont assouplies et les versements prolongés jusqu’au mois de juin 2021. Ce plan et évalué à 15 milliards de shekels pour 2020 (4 milliards d’euros) et 40 milliards de shekels pour 2021 (10 milliards d’euros).

Monnaie hélicoptère

Au plus chaud de l’été, alors que les manifestations de rue se multiplient pour protester contre la gestion sanitaire de la crise, l’urgence économique devient extrême. Le Premier ministre décide d’employer les grands moyens : de l’argent frais sera distribué à tous les Israéliens, sans condition de ressources.

Cette allocation universelle, dite aussi « monnaie hélicoptère », n’est pas une invention israélienne : elle a été proposée, il y a cinquante ans, par l’économiste libéral Milton Friedman, comme instrument de soutien de la consommation. Depuis le début de la crise du coronavirus, trois pays l’ont versée à leurs concitoyens : les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud ; Israël en sera le quatrième.

Aussitôt dit, aussitôt fait : à la fin de juillet 2020, neuf millions d’Israéliens ont reçu sur leur compte en banque une prime de 750 shekels par personne (190 euros), soit un coût global de 6,7 milliards de shekels pour les caisses de l’Etat (1,6 milliard d’euros).

Début septembre, alors que les Israéliens se remettent tant bien que mal du premier confinement, la crise sanitaire s’aggrave : le gouvernement israélien annonce un reconfinement de 14 jours qui, par la suite, sera prolongé et durcit au-delà des fêtes juives.

Pour calmer la contestation populaire contre le reconfinement, le Conseil des ministres votera le 29 septembre dernier un « Plan d’élargissement du filet de sécurité économique ». Montant débloqué : 10,5 milliards de shekels (2,6 milliards d’euros). Ce plan est destiné à soutenir les entreprises, commerces et indépendants dont l’activité est paralysée pour le reconfinement.

Cette chronologie des plans d’aides confirme que, depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement israélien réagit uniquement par des dispositifs d’urgence, sans perspective de sortie de crise ni plan de relance post-coronavirus.

La survie des entreprises paralysées par la crise sanitaire et le coût du confinement ne semblent pas inquiéter outre mesure les ministres et députés israéliens, davantage occupés à lutter pour leur propre survie politique.

Pour preuve, le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a toujours pas pris le temps de voter un budget national pour 2020 et 2021, condition sine qua non pour mettre en place un plan de relance digne de ce nom.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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