Un peu plus à droite

Jérusalem, Israël - 23 décembre 2015 : Le président ukrainien Porochenko, s'exprimant lors de la session plénière de la Knesset d'Israë l© Stocklib / Mykhaylo Palinchak
Jérusalem, Israël - 23 décembre 2015 : Le président ukrainien Porochenko, s'exprimant lors de la session plénière de la Knesset d'Israë l© Stocklib / Mykhaylo Palinchak

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, cela peut paraître dérisoire, mais à la Knesset c’est business as usual. La politique intérieure continue avec ses tractations, ses marchandages, ses votes chèrement négociés.

Ainsi de la loi sur la citoyenneté, dite aussi loi sur le regroupement familial. Le 10 mars, juste avant que s’achève la session parlementaire d’hiver, elle a été adoptée par 45 voix venant de la coalition et de l’opposition contre 15. Deux partis de la coalition notamment se sont opposés à ce texte : Meretz (gauche) et Ra’am (islamo-conservateur).

La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, a réussi là où elle avait échoué l’été dernier. Elle a négocié une nouvelle rédaction avec l’un de ses anciens colistiers du parti Sionisme religieux, (extrême droite), Simha Rotman. La loi de 2022 confirme les dispositions adoptées précédemment : les Palestinien(ne)s qui épousent des Arabes israélie(ne)s ne pourront pas s’installer en Israël et encore moins obtenir la nationalité du pays.

Une commission examinera les requêtes individuelles mais on sait qu’en pratique elle rejette la quasi-totalité des demandes. Lorsque cette loi a été votée en 2003, le terrorisme de la deuxième Intifada ravageait le pays, et il s’agissait d’empêcher l’infiltration d’éléments dangereux.

Vingt ans plus tard, la situation a changé et la barrière de séparation permet d’éviter la plupart des attentats. Sauf à Jérusalem, où la volonté d’afficher l’unité de la ville interdit les restrictions à la liberté de circulation entre les quartiers juifs et les quartiers arabes. Mais ce texte a aussi un autre objectif sous-entendu précédemment et désormais explicite.

Dans sa version de 2022, la loi dispose que ces règles sont établies « dans l’esprit qu’Israël est un État juif et démocratique ». En clair, il s’agit de préserver l’équilibre démographique afin que la minorité arabe (21 % de la population israélienne) ne voie pas sa part progresser. A la lecture de cet ajout, on comprend mieux le soutien de l’opposition et la défection de deux partis de la coalition.

Mais Meretz et Ra’am ont déjà fait connaître qu’ils n’entendaient pas faire tomber le gouvernement pour autant. Pas plus que le Parti travailliste, pourtant mécontent de la politique restrictive d’accueil des réfugiés ukrainiens non juifs. Avec leurs petits camarades de Meretz et leurs alliés de Ra’am, ils devront constater que leurs voix ne sont plus aussi indispensables lorsqu’ils débattent de réformes que l’opposition ne désavoue pas.

Quant au Premier ministre, Naftali Bennett, il continuera à présider les réunions du gouvernement en sachant que son ancienne alliée, Ayelet Shaked, y fait la pluie et le beau temps. Business as usual, mais un peu plus à droite.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments