Un parti de toute la droite ?

Des militants de droite et des partisans du Likud manifestant contre le gouvernement dirigé par le Premier ministre Naftali Bennett à Tel Aviv, le 2 novembre 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)
Des militants de droite et des partisans du Likud manifestant contre le gouvernement dirigé par le Premier ministre Naftali Bennett à Tel Aviv, le 2 novembre 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)

L’information est percée inaperçue mais pourrait, si elle était confirmée, modifier le paysage politique israélien. Vendredi dernier, dans Yediyot Aharonot, le journaliste-vedette de la chaîne 12, Amit Segal, affirme que le Likoud pourrait fusionner avec le parti Ha Tsionout ha Datit (Sionisme religieux).

En fait, la fusion a déjà eu lieu dans la rue. Cette même semaine, plusieurs milliers de partisans de Binyamin Netanyahou se sont rassemblés sur la place Habima à Tel-Aviv. Et, comme lors de rassemblements précédents, Bezalel Smotricht, le leader de l’extrême droite, n’était pas le moins applaudi des orateurs. Itamar Ben Gvir, kahaniste revendiqué, bénéficie également d’une très bonne côte de popularité dans le public de droite. Au niveau des militants, il existe ainsi de facto un parti de toute la droite. Et au niveau des électeurs ? C’est déjà sans doute le cas, la moitié des porteurs de la kippa tricotée votant pour le Likoud.

En fait, c’est sur le terrain idéologique que le rapprochement est évident. Les partisans du Likoud et ceux du Sionisme religieux partagent les mêmes obsessions : contre la gauche, contre la presse, contre les juges stigmatisés comme ennemis de l’Etat. Depuis quelques semaines, il faut ajouter à cette accusation classique un nouveau thème très prisé dans toute la droite. Les réformes menées par le ministre des Services religieux, Matan Kahana (pourtant juif orthodoxe), sont présentées comme autant de coups portés au caractère juif de l’Etat d’Israël : la fin du monopole de Grand Rabbinat sur la cacherout et les conversions menacerait la survie du peuple juif. Rien que ça !

En fait, il s’agit pour la droite d’affirmer sa solidarité avec les partis ultra-orthodoxes qui perdraient ainsi leur mainmise sur des ressources financières et des milliers d’emplois. Ces partis, garderont, eux, leur autonomie, mais ils confirment avec force leur alliance avec la droite et son chef. La formation d’un grand parti de toute la droite vise à priver Naftali Bennett des rares électeurs sionistes-religieux qui lui restent fidèles, et à pousser le Premier ministre vers le centre.

On sait que le grand problème de Naftali Bennett est de ne disposer que du petit parti Yemina (A droite, 6 députés). De ce côté de l’échiquier politique, une fusion pourrait aussi intervenir avec la formation de Gideon Saar, Tikva Hadasha (Nouvel Espoir, 6 sièges), aujourd’hui bien à la peine dans les sondages. Mais les effectifs du nouveau parti resteraient bien modestes.

Au centre aussi, les partis de Yaïr Lapid, Yesh Atid (Il y a un avenir, 17 députés), et celui de Benny Gantz, Kahol Lavan (Bleu Blanc, 8 députés), pourraient grouper leurs forces. Mais leurs leaders se détestent. C’est un problème que n’a pas la droite : en dépit de ses déboires, Binyamin Netanyahou reste son chef incontesté.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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