Un pacte de défense avec les Etats-Unis à tout prix ?

Le président Donald Trump arrivant pour prendre la parole lors d'un rassemblement de campagne au Lake Charles Civic Center, le vendredi 11 octobre 2019 à Lake Charles, Louisiane. (AP Photo / Evan Vucci)
Le président Donald Trump arrivant pour prendre la parole lors d'un rassemblement de campagne au Lake Charles Civic Center, le vendredi 11 octobre 2019 à Lake Charles, Louisiane. (AP Photo / Evan Vucci)

Depuis le fameux embargo décrété sur les armes par le Général Charles de Gaulle le 2 juin 1967, et face à la vente massive d’armement soviétique aux pays arabes, Israël entretient des relations militaires et stratégiques très étroites avec les Etats-Unis.

Au départ, et avant la guerre des Six Jours, Tsahal avait reçu des Américains des armes défensives, dont des missiles anti-aériens, puis des chars d’assaut et des avions modernes de combat dans le but de maintenir l’équilibre des forces militaires au Moyen-Orient.

Durant la guerre de Kippour d’octobre 1973, les États-Unis vinrent en aide à Israël en organisant un pont aérien et maritime. Ils livrèrent une panoplie très importante de matériel militaire dont des avions, hélicoptères et chars, ainsi que des quantités de munitions et des pièces détachées de rechange.

Ce matériel a donné un second souffle à Tsahal et ainsi il a pu gagner la guerre sur tous les champs de batailles, sur le plateau du Golan, dans la péninsule du Sinaï, et sur la « rive africaine » du canal de Suez.

Après la guerre de Kippour et le désengagement des troupes israéliennes, les Etats-Unis et Israël ont signé, en septembre 1975, un mémorandum d’accord qui renforçait les relations bilatérales et la coordination stratégique et diplomatique entre les deux pays alliés.

En 1981, sous l’administration du président Ronald Reagan, un accord de coopération stratégique et de sécurité fut signé. Depuis, les deux pays forment une alliance militaire. Des exercices et des manœuvres militaires sont régulièrement et conjointement organisés.

En 1987, les États-Unis ont accordé à Israël le statut d’allié majeur – non membre de l’OTAN – lui permettant d’acquérir tout l’armement américain nécessaire pour sa défense.

En janvier 1991, lors du déclenchement de la Première Guerre du Golfe et pour pouvoir affronter et intercepter les missiles Scud lancés par Saddam Hussein, les États-Unis livrèrent des systèmes de missiles sol-air Patriot.

Depuis, tous les présidents américains, sans exception – Bush (père) Clinton, G.W. Bush, Obama et Donald Trump – ont suivi la même politique et livré tout le matériel militaire qu’avait demandé Israël. Un fort gage garantissant à Tsahal un avantage qualitatif par rapport aux autres armées arabo-musulmanes du Moyen-Orient.

Depuis 1987, Israël reçoit en moyenne chaque année 1,8 milliard de dollars en termes de vente ou de financement. En 2007, les États-Unis l’accroissent de 25% en portant leur subvention à 3 milliards de dollars chaque année pour la décennie à venir.

Jusqu’en 2028, l’aide militaire américaine sera élevée à près de 4 milliards de dollars par an.

Cependant, Israël est non seulement un acheteur majeur d’armes américaines, mais il développe également de nombreux programmes de recherche, de développement, et échange du renseignement militaire précieux en coopération étroite avec les États-Unis.

Toutefois, depuis sa création, Israël applique la devise de ne jamais dépendre de personne pour sa sécurité, et il refuse que des soldats étrangers, notamment américains, participent à ses batailles dans les conflits armés ou contre le terrorisme. Il rejette aussi la présence sur son territoire de casques bleus de l’ONU ou des troupes de l’OTAN pour assurer la paix.

Ces jours-ci, l’idée de la signature d’un Pacte de Défense avec les Etats-Unis a provoqué un débat agité au sein de la classe politique, entre les militaires et les diplomates. L’idée ne fait pas l’unanimité et une grande partie ne souhaite pas dépendre totalement des Etats-Unis.

Le Premier ministre Nétanyahou a rejeté l’argument principal avancé selon lequel une alliance de défense pourrait lier les mains de Tsahal. Ils avaient évoqué entre-autres les raids contre les centrales nucléaires en Irak (1981) et en Syrie (2007). Rappelons qu’après la destruction d’Osirak à Bagdad, le président Reagan, pourtant grand ami d’Israël, avait suspendu la livraison de nouveaux avions F16.

Il existe donc toujours, entre Israël et les Etats-Unis, des malentendus, des frictions parfois graves, notamment durant l’administration Obama, mais nos relations n’ont jamais abouti à la rupture ou au divorce car les intérêts politiques, diplomatiques, et stratégiques entre Jérusalem et Washington sont réciproques. Elles sont fondées sur des valeurs démocratiques communes profondes, renforcées par la plus forte communauté juive de la diaspora installée en Amérique.

Les Américains savent parfaitement qu’un affaiblissement de l’Etat juif agirait contre les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Nul n’en doute, les relations amicales et stratégiques entre Washington et Jérusalem sont aujourd’hui plus que jamais solides, et nous sommes convaincus qu’elles demeureront ainsi quel que soit le président au pouvoir.

Dans ce contexte, et devant les bonnes relations que nous entretenons actuellement avec la Russie de Poutine, après une absence de rapport diplomatique pendant de nombreuses décennies avec l’URSS, face à la menace iranienne et ses milices et les intentions hégémoniques de la Turquie, est-il donc nécessaire et urgent de signer un pacte de défense avec les Etats-Unis à tout prix ?

Cet article a été publié le 15 octobre 2019 sur le site http://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 22 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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