Un pacte de défense avec l’administration Biden

Le président des États-Unis, Joe Biden, prenant la parole à la résidence du président à Jérusalem le 9 mars 2016. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le président des États-Unis, Joe Biden, prenant la parole à la résidence du président à Jérusalem le 9 mars 2016. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Pour l’heure, le nouveau président américain, Joe Biden, ne semble pas mettre en priorité la solution du conflit israélo-arabe, évitant même de s’entretenir directement sur la question avec Nétanyahou.

Le temps n’est pas propice : l’Amérique est plongée dans une crise socio-économique et identitaire aggravée par la pandémie du Coronavirus, tandis qu’en Israël une quatrième campagne électorale approfondie les clivages et complique une nouvelle formation gouvernementale.

Ces jours-ci, l’idée de la signature d’un Pacte de Défense avec les Etats-Unis a provoqué un débat agité au sein de la classe politique, entre les militaires et les diplomates.

Cependant, devant les menaces réelles de l’Iran et ses milices, le premier entretien officiel entre Biden et Nétanyahou devrait se focaliser sur ce sujet existentiel pour l’avenir sécuritaire de l’Etat d’Israël.

Depuis le fameux embargo décrété sur les armes par le Général Charles de Gaulle le 2 juin 1967, et face à la vente massive d’armement soviétique aux pays arabes, Israël entretient des relations militaires et stratégiques très étroites avec les Etats-Unis.

Au départ, et avant la guerre des Six Jours, Tsahal avait reçu des Américains des armes défensives, dont des missiles anti-aériens, puis des chars d’assaut et des avions modernes de combat dans le but de maintenir l’équilibre des forces militaires au Moyen-Orient.

Durant la guerre de Kippour d’octobre 1973, les États-Unis vinrent en aide à Israël en organisant un pont aérien et maritime. Ils livrèrent une panoplie très importante de matériel militaire dont des avions, hélicoptères et chars, ainsi que des quantités de munitions et des pièces détachées de rechange.

Ce matériel a donné un second souffle à Tsahal et ainsi, il a pu gagner la guerre sur tous les champs de batailles, sur le plateau du Golan, dans la péninsule du Sinaï, et sur la « rive africaine » du canal de Suez.

Après la guerre de Kippour et le désengagement des troupes israéliennes, les Etats-Unis et Israël ont signé, en septembre 1975, un mémorandum d’accord qui renforçait les relations bilatérales et la coordination stratégique et diplomatique entre les deux pays alliés.

En 1981, sous l’administration du président Ronald Reagan, un accord de coopération stratégique et de sécurité fut signé. Depuis, les deux pays forment une alliance militaire. Des exercices et des manœuvres militaires sont régulièrement et conjointement organisés.

En 1987, les États-Unis ont accordé à Israël le statut d’allié majeur – non membre de l’OTAN – lui permettant d’acquérir tout l’armement américain nécessaire pour sa défense.

En janvier 1991, lors du déclenchement de la Première Guerre du Golfe et pour pouvoir affronter et intercepter les missiles Scud lancés par Saddam Hussein, les États-Unis livrèrent des systèmes de missiles sol-air Patriot.

Depuis, tous les présidents américains, sans exception – Bush (père) Clinton, G.W. Bush, Obama et Donald Trump – ont suivi la même politique et livré tout le matériel militaire qu’avait demandé Israël.

Aujourd’hui, il est fort probable que Joe Biden ne fera pas exception et fournira le matériel nécessaire. Un fort gage garantissant à Tsahal un avantage qualitatif par rapport aux autres armées arabo-musulmanes du Moyen-Orient.

Depuis 1987, Israël reçoit en moyenne chaque année 1,8 milliard de dollars en termes de vente ou de financement. En 2007, les États-Unis l’accroissent de 25% en portant leur subvention à 3 milliards de dollars chaque année pour la décennie à venir.

Le 6 février 2021, le cabinet israélien a approuvé l’acquisition d’appareils pour l’armée de l’air pour un montant d’environ 10 milliards de dollars. Le contrat d’achat validé concerne l’acquisition d’hélicoptères, d’avions de combat et d’avions de ravitaillement. Jusqu’en 2028, l’aide militaire américaine sera élevée à près de 4 milliards de dollars par an.

Cependant, Israël est non seulement un acheteur majeur d’armes américaines, mais il développe également de nombreux programmes de recherche, de développement, et échange du renseignement militaire précieux en coopération étroite avec les États-Unis.

Toutefois, depuis sa création, Israël applique la devise de ne jamais dépendre de personne pour sa sécurité, et il refuse que des soldats étrangers, notamment américains, participent à ses batailles dans les conflits armés ou contre le terrorisme. Il rejette aussi la présence sur son territoire de casques bleus de l’ONU ou des troupes de l’OTAN pour assurer la paix.

Israël s’est réservé le droit de ne pas intervenir dans les conflits qui ne le touchent pas directement, préservant ainsi son pouvoir décisionnel indépendant, en défendant le principe sacro-saint selon lequel il devrait pouvoir se défendre, seul, lui-même.

Le nouveau pacte de défense avec les Américains devra inclure certaines clauses qui permettraient à Tsahal d’avoir les mains libres concernant des raids contre l’acheminement d’armes sophistiquées au Hezbollah et des opérations ponctuelles contre le Hamas.

Les Américains savent parfaitement qu’un affaiblissement de l’Etat juif agirait contre les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Nul n’en doute, les relations amicales et stratégiques entre Washington et Jérusalem demeureront solides avec le président Joe Biden.

Devant la menace iranienne et ses milices et les intentions hégémoniques de la Turquie, la signature d’un pacte de défense avec les Etats-Unis est propice car il renforcera la force de dissuasion de Tsahal et sa puissance militaire.

Cet article a été publié le 14 février 2021 sur le site https://jcpa-lecape.org/

 

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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