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Un nouveau paradigme pour la Judée-Samarie

Illustration réalisée par l'auteur à l'aide de ChatGPT.
Illustration réalisée par l'auteur à l'aide de ChatGPT.

Depuis plus de trente ans, le processus d’Oslo structure toute discussion sur l’avenir israélo-palestinien : il a façonné les institutions, le langage diplomatique et jusqu’aux attentes de la communauté internationale. Mais force est de constater que ce cadre n’a apporté ni la paix, ni garanti la sécurité, ni permis l’émergence d’un voisin stable et responsable.

Sortir d’Oslo pour arriver à la paix

Changer de paradigme ne signifie pas renoncer à une solution politique, mais reconnaître que le modèle étatique importé a ignoré la réalité sociale. Oslo a tenté de créer un État avant d’avoir construit les conditions de sa viabilité. Le résultat est connu ; une Autorité palestinienne :

  • contestée,
  • corrompue,
  • et incapable de contenir la violence.

Sortir d’Oslo, aujourd’hui, pourrait être un acte optimiste

Ce serait accepter l’idée que la paix ne naîtra pas d’une grande messe sous pression internationale, mais d’une stabilisation progressive, enracinée dans le quotidien des populations. Ce serait aussi reconnaître que la sécurité israélienne n’est pas un obstacle à la paix, mais sa condition préalable.

Ce changement de regard ouvrirait un espace nouveau : celui de solutions non idéologiques, non binaires, qui ne cherchent pas à « résoudre le conflit » d’un seul geste, mais à le déconflictualiser durablement.

Le modèle alternatif : autonomie urbaine sous contrôle stratégique

Dans cette perspective, un modèle inspiré de la naissance des Émirats arabes unis[1], fondé sur une autonomie des principales villes palestiniennes sous contrôle sécuritaire israélien, mérite d’être envisagé.

Ces villes et leurs banlieues – Ramallah, Naplouse, Jénine, Hébron, Bethléem, Jéricho, Tulkarem – regroupent la grande majorité de la population[2]. C’est là que se trouvent les forces vives et les réalités économiques. Concrètement, il s’agirait de confier la gouvernance à ces villes qui sont des pôles dotés :

  • de leurs élites locales,
  • de leurs économies propres,
  • de leurs réseaux sociaux et claniques.

Elles disposeraient de pouvoirs civils étendus : gestion municipale, développement économique, fiscalité, éducation, justice, culture, écologie…

Ces villes et leurs banlieues formeraient une confédération fonctionnelle, sans capitale, sans gouvernement central

Un conseil des villes permettrait de coordonner les questions et problématiques communes (eau, énergie, transports, normes économiques, environnement) à travers des agences partagées. Israël conserverait :

  • les compétences sécuritaires,
  • la lutte contre le terrorisme, incluant le contrôle des manuels scolaires,
  • le contrôle de l’espace aérien, de la défense et de la politique étrangère.

La question de la nationalité des habitants de ces villes est souvent présentée comme le cœur du conflit : elle ne devrait plus l’être

Dans ce modèle, fondé sur autonomie urbaine et confédération fonctionnelle, les habitants ne relèveraient pas d’une nationalité étatique souveraine, mais d’une citoyenneté locale, enracinée dans leur ville, complétée par un statut personnel stable de résident permanent confédéral.

Ce statut, reconnu par Israël, garantirait droits de vote locaux, protection civile et documents de voyage, sans prétention à une souveraineté militaire ou diplomatique.

L’expérience internationale montre des cas similaires : Hong Kong, Andorre, les îles Åland ou Porto Rico ont fonctionné durablement avec des statuts hybrides dissociant droits civils, identité locale et souveraineté stratégique.

Les chances de ce modèle tiennent à plusieurs éléments 

  • Il réhabilite la responsabilité locale : les dirigeants urbains ne peuvent plus se réfugier derrière une cause nationale abstraite pour masquer la corruption ou l’échec. Ils sont jugés sur des résultats concrets : emploi, sécurité, services…
  • Il récompense la stabilité : plus une ville est calme, gouvernée efficacement et économiquement intégrée, plus ses habitants bénéficient d’investissements et d’opportunités. La violence cesse d’être un levier politique rentable.
  • Il offre à Israël une sécurité légitimée par des institutions assumées.

Ce modèle promet une amélioration graduelle et durable de la vie quotidienne, sans explosion de violence à chaque étape.

Ce modèle ne nie pas les identités, il leur donne un cadre adapté

Il considère que la paix ne se décrète pas mais résulte d’un processus cumulatif. Il repose sur une idée simple : les sociétés se transforment plus sûrement par la responsabilité que par la rhétorique.

Changer de paradigme n’est donc pas un aveu d’échec. C’est peut-être, aujourd’hui, la condition d’un optimisme enfin crédible.

[1] Nés en 1853 comme États de la Trêve maritime « Trucial States » avec la Grande-Bretagne.

[2] En incluant la partie Est de Jérusalem.

à propos de l'auteur
Marc Levy, consultant, ancien avocat aux barreaux de Paris et Bruxelles. Militant des droits de l’homme, a fondé la commission juridique de la LICRA. Il vit à Jerusalem depuis son alyah il y a une douzaine d’années.
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