Un miraculé à Balfour

Le nouveau Premier ministre israélien Naftali Bennett tient une première réunion du cabinet à Jérusalem le dimanche 13 juin 2021. Le parlement israélien a voté en faveur d'un nouveau gouvernement de coalition, mettant officiellement fin au règne historique de 12 ans du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Naftali Bennett, un ancien allié de Netanyahu est devenu le nouveau Premier ministre (AP Photo/Ariel Schalit)
Le nouveau Premier ministre israélien Naftali Bennett tient une première réunion du cabinet à Jérusalem le dimanche 13 juin 2021. Le parlement israélien a voté en faveur d'un nouveau gouvernement de coalition, mettant officiellement fin au règne historique de 12 ans du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Naftali Bennett, un ancien allié de Netanyahu est devenu le nouveau Premier ministre (AP Photo/Ariel Schalit)

Le suspense aura duré jusqu’au bout. En ce dimanche 13 juin historique, on ignorait s’il y aurait des défections au sein du « bloc du changement ». Et ce fut le cas : une abstention d’un député bédouin de Ra’am, le parti de Mansour Abbas mécontent de la façon dont avait été rayé de l’accord de coalition (à la demande d’Ayelet Shaked) l’engagement de ne pas détruire des maisons dans les localités illégales du Néguev.

Si Saïd al-Harumi s’était prononcé contre le gouvernement, il y aurait eu parfaite égalité (60/60 voix) lors du vote d’investiture. Finalement ce fut 60/59, et Naftali Bennett devint Premier ministre. Cette confiance obtenue d’extrême justesse n’est pas le premier miracle dont bénéficie le nouveau chef du gouvernement.

Depuis les élections du 23 mars, il a la baraka, ce mot arabe qui signifie la chance quand elle se transforme en destin. Il n’obtient que sept députés alors qu’en janvier les sondages lui en promettaient une vingtaine.

Il poursuit alors la drôle de stratégie qui fut la sienne pendant la campagne : il dit préférer un gouvernement de droite, mais n’écarte pas la possibilité de rejoindre le bloc du changement. Miracle ! Dans les deux camps, on lui promet le poste de Premier ministre dans un accord de rotation.

Mais Binyamin Netanyahou s’avérant incapable de contourner le véto mis par l’extrême droite à la formation d’un gouvernement avec le soutien d’un parti arabe, Naftali Bennett préférera s’allier avec son vieil ami Yaïr Lapid. Nouveau miracle ! Ce dernier acceptera d’être Premier ministre pendant la deuxième période de la législature, alors que son poids électoral (17 sièges) devrait lui donner la priorité.

C’est donc Naftali Bennett, ce miraculé de la politique, qui entrera à la résidence du Premier ministre, rue Balfour à Jérusalem. Du moins pas tout de suite. Soucieux de conforter son image de grand réconciliateur, il accepterait de ne prendre possession des lieux que dans quelques semaines. Plus encore, il n’y habitera que pendant les fins de semaine, et utilisera cette résidence pour y accueillir ses hôtes de marque.

Cet époux et père de famille modèle entend en effet rester à Raanana, cette ville gentiment bourgeoise au nord de Tel-Aviv où il possède une belle maison. Gilat, son épouse a délaissé la pâtisserie – son premier métier – pour une activité de conseillère parentale et veut poursuivre ce travail.

Ce couple photogénique désire aussi que ses quatre enfants continuent à fréquenter les mêmes écoles. Tout ceci n’est pas qu’anecdotique. La sincérité des Bennett n’est pas en cause, mais après douze ans de folie familiale chez les Netanyahou à Balfour, ils imposeront l’image d’une famille équilibrée, ça changera !

A croire que le changement promis par ce nouveau gouvernement commence d’abord avec la famille de son chef, ce miraculé de la droite, devenu celui de la politique israélienne.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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