Un héros (presque ?) oublié

Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier (c)
Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier (c)
Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l’Allier (c)

BLOCH Louis est né le 19 août 1897 à Eichstetten dans le Land du Baden-Württemberg en Allemagne, fils de Bloch Leopold et de Mayer Clara.

En 1914-18, officier de l’armée allemande, il est décoré de la Croix de Fer. Négociant, il épouse à Sélestat le 20 décembre 1926, Strasburger Marguerite Marthe, née le 9 mars 1903 à Sélestat, fille de Leon Strasburger et de Ella Stern. Le 11 juillet 1935, en exécution du Traité de Paix de 1919, il est réintégré de plein droit dans la qualité de Français.

En 1939, il réside à Mulhouse, et habite au 51 rue des Vergers. Expulsé d’Alsace comme israélite, il se retire à Vichy, habite 123 avenue Thermale et tient un commerce de cuirs et crépins au 62 rue de Paris. Le 23 novembre 1940, nait à Vichy, Madeleine Eve, fille du couple Louis Bloch et Strasburger Marguerite Marthe, en tout le couple a 4 enfants, Liselotte, Walter, Jean et Madeleine. Le magasin de cuir est situé dans l’immeuble où habite le beau-frère de Louis, André Strasburger.

CP Vichy, rue de Paris, les commerces – Collection Christophe Woehrle (c)

Ce dernier est actif dans la résistance à Vichy et à partir de mars 1943, Louis intègre le réseau Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés et participe à la fabrication de faux papiers, devient agent de liaison, cache et héberge des Alsaciens, des réfractaires, des prisonniers de guerre évadés ou des officiers dissidents.

C’est la milice, brigade Poinsot, qui l’arrête à son magasin, suite à une dénonciation d’un indicateur de la Gestapo. En même temps que lui, sont arrêtés le docteur Wahl et sa famille ainsi qu’un certain Metzger, résidant rue du Portugal. Torturé, il ne révèle pas où se trouve sa femme et ses enfants.

Emprisonné à la prison du Château des Brosses à Vichy le 22 juillet 1944, il est remis à la Gestapo qui l’incarcère à la prison Mal-Coiffée de Moulins. Le 25 août 1944, il est transféré avec une quarantaine d’autres prisonniers de Moulins pour le Sicherheitsdienst de Belfort-Dijon. Le 5 septembre 1944, avec d’autres résistants et juifs, il est déporté à Buchenwald sous le matricule 85208.

Le 27 novembre 1944, il rejoint le commando de Ohrdurf, pour y travailler à l’installation d’un terrain militaire dans le cadre du programme de lancement d’armes secrètes. Malade, il est rapatrié au camp principal le 12 janvier 1945 et meurt selon les actes officiels, de dysenterie et de tuberculose pulmonaire à l’infirmerie du camp de Buchenwald le 25 février 1945.

Château des Brosses, prison et camp d’internement de la Milice de Vichy (A. D. Allier, 20 J 12). © A. D. Allier

Un dossier de demande du statut de déporté interné de la Résistance est déposé après la guerre pour Louis Bloch. Malgré le témoignage de François Edmond, ex Colonel François, chef militaire de la 13e région du MNPGD attestant que l’arrestation de Louis Bloch a été uniquement motivée par son action dans la Résistance et par la mission dont il était chargé au moment de son arrestation.

Malgré son parcours concentrationnaire et sa présence dans un convoi composé en majorité de déportés-résistants, le I.285, parti de Belfort le 5 septembre 1944. Malgré le témoignage de Pierre Lemoigne, liquidateur du MNPGD qui atteste que Louis Bloch a fait partie du réseau du 25 mars 1943 au 22 juillet 1944. La commission nationale décide en 1953 que Louis Bloch n’a pas été arrêté pour ses actes de résistance, mais par le fait qu’il soit israélite.

Le statut de déporté-résistant lui est refusé et on lui accorde, celui de déporté politique en 1954. Cette décision est motivée par une enquête diligentée par la préfecture de l’Allier qui retiendra surtout que Louis Bloch a servi pendant la Première Guerre mondiale comme officier allemand et qu’il soit décoré de la Croix de Fer et le rapport de la commission affirme qu’il n’a jamais été membre d’une organisation de la Résistance française.

Extrait attestation – DAVCC SHD (c)

La mention Mort pour la France lui est accordée le 6 juillet 1954 et celle de Mort en déportation, le 20 septembre 1987. Le nom de Louis Bloch ne figure sur aucun monument aux morts français.

à propos de l'auteur
Christophe Woehrle est docteur en histoire contemporaine de l'Université de Bamberg en Allemagne, spécialiste de la captivité de la Seconde Guerre mondiale et des prisonniers de guerre français. Il est aussi initiateur des poses de Stolpersteine en France, a été professeur d'histoire-géographie bilingue à l'Académie de Strasbourg.
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