Un gouvernement stable prévaut sur les caprices des leaders politiques

Au moment où le chef d’état-major de Tsahal avertit qu’Israël est confronté à une menace de conflit au Nord et au Sud, et qu’il est impératif de se préparer rapidement à la guerre, il est inadmissible de prolonger la crise politique et de repartir inutilement aux urnes pour une troisième fois.

Les dirigeants des partis politiques ont été élus pour pouvoir gouverner dans le cadre d’une coalition stable. Leur devoir premier est de se creuser les méninges et de trouver ensemble une solution adéquate. Mettre aux vestiaires les querelles et l’ego et penser uniquement aux intérêts de l’Etat juif et à son avenir.

Depuis son existence, jamais notre Etat n’a été confronté à une crise gouvernementale aussi grave et nous devrions mettre un terme définitif à cette situation prolongée et intenable, malgré toutes les difficultés en cours, et le mauvais système électoral.

Suite à la bizarre obstination de Liberman de se joindre tout naturellement à une coalition de droite, et le deuxième échec de Nétanyahou à former un gouvernement, la balle est donc dans le camp du parti de l’ancien chef de Tsahal, Benny Gantz. Il y a à peine un an, cet ancien baroudeur au béret rouge a été parachuté dans l’arène politique pour en effet « faire passer Israël en premier », selon sa propre devise. Conscient que dans quelques semaines seulement, il devra rendre « le mandat » que le Président Rivlin lui a confié, Gantz doit agir sagement, mais trancher très vite.

Certes, il préside un parti dirigé à quatre têtes mais pour pouvoir défier l’arithmétique de la Knesset, et prouver ses capacités de leader et rassembleur, seule la formation d’un gouvernement d’union nationale est envisageable dans le contexte actuel. C’est bien le vœu du peuple israélien dans les moments de crise.

Dans ce nouveau cirque politique, toutes les acrobaties n’ont guère de filets de secours. Gantz devrait donc choisir entre un gouvernement minoritaire avec l’appui des partis arabes ou un gouvernement stable avec le Likoud de Nétanyahou et les partis sionistes. La participation des partis ultra-orthodoxes est aussi possible à condition d’arriver à un compromis sur les questions religieuses et le respect du shabbat.

La mise en examen éventuel de Nétanyahou n’est qu’un prétexte puisque le Président Rivlin avait trouvé sur cette question épineuse une solution satisfaisante.

Le Premier ministre sortant vient de fêter ses 70 ans et depuis une décennie il a dirigé le pays contre vents et marrées. Sa riche expérience et son passé commun avec l’ancien chef de Tsahal sont un gage pour assurer avec lui une bonne gouvernance.

Les affaires de l’Etat et surtout les questions sécuritaires ne peuvent attendre. Les ministères sont paralysés faute de budget pour 2020, et cette nouvelle année approche à pas de course.

Si Gantz agit en effet comme il le promet pour mettre de côté toutes les divergences et faire ce qui est uniquement bon pour Israël, eh bien, il devrait former, sans attendre, une coalition stable avec le Likoud, même au prix d’un démantèlement de sa propre formation et d’un divorce d’avec « l’enfant terrible », Yaïr Lapid.

Au moment où nous célébrons le 24e anniversaire de l’assassinat d’Yitzhak Rabin et devant la montée en puissance des extrémistes et fanatiques de tous bords, nous devrions encourager par tous les moyens l’unité du peuple. Devant les grands défis et les menaces, notre union demeure la seule solution. Elle prévaut sur les intérêts mesquins de certains politiciens, et elle renforce notre foi pour assurer aux générations futures un meilleur avenir.

Cet article a été publié le 27 octobre 2019 sur le site http://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 22 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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