Un danger sombre plane sur l’État d’Israël

Une part importante des membres de la coalition actuelle – certains sont des délinquants déjà condamnés, d’autres des accusés en cours de procès, et d’autres encore font l’objet d’enquêtes pour des infractions pénales présumées – transforme les membres du gouvernement actuel en une sorte de bande mafieuse qui a pris le contrôle du pays.
Dans un État bien ordonné, où la démocratie est le fondement même de son existence, lorsque le système judiciaire – gardien des minorités, de la loi et de l’ordre public – est affaibli et aliéné par le pouvoir, la dictature guette et conduit à un renversement de régime qui menace la liberté individuelle, et plus largement l’identité fondamentale de l’État depuis toujours.
Certes, à la différence des pays totalitaires comme l’Iran, la Russie, la Turquie et d’autres, des élections démocratiques en Israël peuvent provoquer un changement de pouvoir, mais de nombreux signes témoignent d’une radicalisation et d’une situation de non-retour où l’État s’est enlisé. Apparemment, « toute nation a le gouvernement qu’elle mérite », selon le philosophe français Joseph De Maistre.
La politique théocratique-nationaliste menée par le gouvernement actuel, la deuxième intifada déclenchée à l’initiative de Yasser Arafat malgré les accords d’Oslo, et surtout le pogrom du 7-Octobre – tout cela éloigne, la majorité des Juifs d’Israël, des valeurs exprimées de la Déclaration de l’Indépendance, même au prix de la perte de la démocratie.
Des démographes de renom prévoient que le nombre de Haredim (ultra-orthodoxes) ne cesse de croître de manière exponentielle, avec une aspiration claire à l’instauration d’un pouvoir fondé sur la halakha (la loi religieuse). Selon des prévisions basées sur les données du Bureau central des statistiques, la proportion de Haredim devrait atteindre, vers 2040, environ 25 % de la population juive d’Israël, et en 2059 leur part s’élèverait à environ 35 %. Leur union en fera le plus grand parti du pays, ce qui leur permettra d’accomplir leur vision : transformer de facto l’État en théocratie.
Les dirigeants des ultra-orthodoxes juifs ont un dénominateur commun avec leurs équivalents musulmans parmi nous. Ils utilisent la « divinité » comme instrument politico-clientéliste et intéressé pour soumettre un public vulnérable – économiquement, idéologiquement et parfois spirituellement.
Par ailleurs, comme dans de nombreux pays occidentaux, le nationalisme – le plus souvent de nature extrémiste – n’a pas non plus épargné Israël. Ici, ses complices se qualifient de « messianiques », portent la kippa et des papillotes, ce qui leur sert à nourrir l’ambition de dominer la totalité de la terre d’Israël – de la mer au Jourdain. Ils vouent un culte à la terre au prix de vies humaines, en totale contradiction avec les valeurs du judaïsme.
Les nationalistes, en revanche, conduiront le pays – soit par l’annexion des territoires occupés, soit de facto – vers un État binational dont la majorité des citoyens sera arabe. Ils comptent vraisemblablement sur leur puissance économique et militaire, mais au XXIᵉ siècle, aucun pays du monde éclairé, pas même les États-Unis, ne permettra l’apartheid.
Il est important de souligner qu’entre les messianiques qui se réclament du « sionisme religieux » et les religieux traditionnels et raisonnables, il n’existe aucun dénominateur commun. Les premiers sacralisent la terre et conduisent l’État vers une majorité arabe – en totale contradiction avec l’orientation fondamentale du véritable sionisme : « un État juif ». Les seconds, eux, sacralisent la vie et prônent la fraternité du peuple ainsi que la préservation d’un État juif et sioniste, à la gloire du peuple d’Israël. Il est profondément regrettable que, depuis la disparition du parti religieux Mafdal et l’affaiblissement de leur mouvement Bnei Akiva, qui éduque à la tolérance et à l’amour d’autrui, leur voix se soit tue.
Face à cette sombre réalité, les cerveaux – titulaires de professions essentielles, entrepreneurs de la high-tech, défenseurs de la démocratie, etc. – seront contraints à quitter leur pays, les uns après les autres. Israël deviendra alors un État plus ou moins semblable à ses voisins.
Si la majorité des citoyens d’Israël ne renoncent pas à leur sentiment d’arrogance, hélas, la destruction du « troisième Temple » guetterait le sionisme et le peuple juif dans son ensemble.
