Un cessez-le-feu n’est pas une paix

Le président américain Donald Trump serre la main du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

Le premier piège serait de croire que l’accord annoncé entre Washington et Téhéran met fin à la guerre. En réalité, il ne s’agit pas d’un traité de paix, mais d’un cadre de négociation. La nuance est essentielle. On présente au monde une « cessation permanente des hostilités », mais on signe surtout un mémorandum destiné à ouvrir soixante jours de discussions. Autrement dit : la guerre s’arrête peut-être sur le terrain, mais elle continue dans les textes.

C’est là que se situe le vrai cœur du dossier. Les points les plus durs ne sont pas réglés : la vérification nucléaire, la levée progressive des sanctions, le statut du détroit d’Ormuz, le rôle du Liban, la place d’Israël dans l’équation. L’Iran promet de ne pas fabriquer d’arme nucléaire, mais la formulation reste volontairement floue. Elle évite de trancher la question de l’enrichissement et laisse ouverte l’ambiguïté stratégique iranienne. Ce n’est donc pas encore la paix. C’est une pause organisée.

Trois fenêtres de risque apparaissent.

La première va jusqu’à la signature officielle. C’est la plus nerveuse. Une frappe israélienne au Liban, une réponse iranienne, une pression du Hezbollah ou une déclaration mal calibrée peut encore faire dérailler le processus. Le Liban devient ici le détonateur principal.

La deuxième fenêtre, ce sont les soixante jours de négociation. C’est là que tout peut se jouer. Si l’Iran refuse un mécanisme de vérification robuste, si les États-Unis exigent trop vite des garanties, ou si la levée des sanctions devient politiquement impossible à Washington, l’accord-cadre peut s’effondrer sans même qu’un missile soit tiré.

La troisième fenêtre est plus longue : l’après-automne. L’Iran sort affaibli, mais pas détruit. Son appareil militaire a été touché, son prestige diminué, mais son régime survit. ET, en géopolitique, survivre après une défaite peut parfois devenir une forme de victoire différée.

Trump apparaît comme le gagnant tactique. Il obtient une sortie de guerre, la réouverture d’Ormuz, un soulagement sur les marchés de l’énergie et une image de faiseur de paix. Mais, il prend aussi un risque : il engage son crédit personnel sur un accord réversible, dont la substance reste fragile.

L’Iran, lui, est perdant en apparence, survivant en profondeur. Il a subi des pertes, mais conserve l’essentiel : le régime, les leviers régionaux, l’accès futur aux revenus pétroliers et une marge nucléaire ambiguë. Surtout, Téhéran a réussi à faire apparaître une fissure entre Washington et Jérusalem. C’est peut-être son gain le plus important.

Israël, enfin, est dans une position paradoxale : vainqueur opérationnel, mais contraint stratégiquement. Il a frappé, dégradé l’Iran, affirmé son autonomie doctrinale. Mais, l’accord final se construit sans lui et parfois malgré lui. Netanyahou peut dire qu’Israël n’attend plus l’autorisation américaine pour défendre ses intérêts. Mais, cette autonomie a désormais un prix : la friction ouverte avec Washington.

Les États du Golfe respirent. La crise énergétique s’éloigne, Ormuz rouvre, les marchés se calment. L’inquiétude demeure : un Iran affaibli, oui ; un Iran contenu durablement, pas encore.

Quant à l’Europe, elle « salue » l’accord. Elle commente plus qu’elle ne façonne. Dans cette séquence, son absence pèse presque autant que les signatures des autres.

Au fond, cet accord ne dit pas que la guerre est terminée. Il dit seulement qu’elle change de forme. Les armes se taisent « peut-être ». Mais, la partie stratégique,  commence vraiment maintenant.

à propos de l'auteur
Gilles Touboul est un analyste géopolitique passionné et un ancien trader spécialisé sur les marchés asiatiques et moyen-orientaux. Longue expérience en salle de marché, il conjugue rigueur financière et compréhension des dynamiques géopolitiques. Observateur des bouleversements internationaux, il intervient régulièrement sur des sujets liés aux conflits, aux relations internationales et à l’impact de la géopolitique sur l’économie mondiale. Diplômé des langues orientales, et en relations internationales, il vit en Israël.
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