Un billet vert l’enfer

Des rafles, il y en a eu de sinistre mémoire. Bien entendu, celle du Vel D’Hiv fut sans nul doute la plus évoquée. Mais, loin de nos mémoires vacillantes, il en est une qui, bien que n’ayant pas eu les honneurs des livres d’histoire, fut l’une des plus douloureuses que notre peuple ait connu.

Le 14 mai 1941, la police française arrêta 3.700 hommes dont le seul crime était d’être juifs sans avoir la nationalité française. Certes, le terme de rafle ne saurait être totalement approprié puisque 6 694 Juifs étrangers reçurent une convocation. Pensant qu’il ne s’agissait que d’une démarche administrative, une bonne moitié d’entre eux se rendirent à ce qu’ils ne pensaient être qu’une simple formalité. Heureusement, près de la moitié, soit 2 947 d’entre eux, ne répondirent pas à cette dernière qui valut, à la plupart de ceux qui ont cru être dans le pays de la liberté, d’être déportés et assassinés dans le camp d’Auschwitz-Birkenau de triste mémoire.

Le journal d’extrême-droite « Je suis partout » salua cette mortelle initiative dans un article daté du 19 mai, acculant tous les clichés antisémites comme il se doit.

80 ans plus tard, ce qui fut la première rafle de grande ampleur de notre peuple avait sombré dans les abîmes de l’Histoire et ne fut enfin révélée au grand public qu’au début des années 2010, lors qu’à la Foire de Reims une centaine de clichés réapparurent pour enfin trouver leur place au Mémorial de la Shoah . 

Si, en avril 2021, le Conseil de Paris a voté l’apposition de nouvelles plaques  commémoratives sur les lieux d’arrestation de cette rafle, cette dernière demeure une oubliée de notre douloureuse histoire.

Même le documentaire qui lui a été consacré n’a eu droit qu’à une malheureuse diffusion le dimanche 14 mai 2023 sur France 5.

Il ne reste pour témoigner de ce drame, que quelques photos, seules témoignages de vies brisées au nom d’une idéologie qui ne peut que susciter que le dégoût de part le mépris qu’elle a eu de ce que chacun de nous porte au fond de lui, à savoir, la dignité d’appartenir au genre humain.

Que le lecteur, (ou la lectrice), me permette de me poser cette modeste question :

Qu’il y a t-il de plus choquant ?

De voir ces vies brisées et détruites au milieu de 6 millions d’autres, ou que cet outrage à la dignité humaine soit resté ignoré de nos contemporains depuis tant d’années ?

Ces 3.700 de nos compatriotes se sont rendus à cette « convocation » qui ne les a menés qu’à leur mort croyaient que le respect de règles leur garantissait un traitement équitable.

Quelle équité y a t-il a traiter des être humains comme, et même voire pire, que des animaux ?

Alors, que l’on me pardonne ici de malmener la légende gaulliste, mais, il serait bon de rappeler que les policiers qui ont mené la rafle du billet vert ainsi que celle du Vel d’Hiv sont les mêmes que ceux l’on l’on voit se rebeller dans à la fin du film « Paris brûle t-il ».

Après tout, l’héroïsme historique n’est jamais qu’une question de circonstances…

 

 

 

 

 

 

 

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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