Un an malgré tout

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 12 juin 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 12 juin 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)

Qui l’eut cru ? Le 13 juin dernier, le « gouvernement du changement » a fêté une année d’existence.

Le 13 juin 2021, la Knesset votait la confiance par 60 voix contre 59 à un gouvernement dont personne n’imaginait qu’il fut possible. La coalition le soutenant était en effet composée de trois partis de droite, de deux partis du centre, de deux partis de gauche, et – incroyable mais vrai – d’un parti arabe. Nombre d’observateurs, et surtout l’opposition, ne donnaient que quelques mois à ce curieux attelage.

Les difficultés n’ont pas manqué, mais tout compte fait, le bilan n’est pas négligeable. Après 3 ans sans budget, une loi de finances accompagnée d’un important programme de réformes était adoptée à l’automne. Certaines ont été mises en œuvre comme la fin du monopole de la cacherout du Grand rabbinat, la tarification des transports publics ou la sur-taxation des couverts en plastique.

Le bilan économique de ce gouvernement est plutôt flatteur, avec une forte croissance, un faible taux de chômage, une inflation inférieure à la moyenne des pays développés et des excédents budgétaires qui permettent de ramener à zéro le déficit.

Dans le domaine diplomatique, les succès sont ceux de l’amélioration des relations avec les Etats-Unis et les pays européens, la poursuite de la politique de normalisation avec les pays arabes qui pourrait déboucher sur des accords avec l’Arabie saoudite et la Tunisie. Dans le sud du pays, les localités juives sont beaucoup moins perturbées par les tirs de roquettes venant de Gaza.

En revanche, en Cisjordanie, et encore plus à Jérusalem, la situation ne s’est pas améliorée avec un surcroît de tensions et une vague d’attentats commis par des terroristes issus pour la plupart de ces territoires qui ont provoqué la mort de 17 Israéliens.

On l’aura compris : le bilan de ce gouvernement est plutôt positif. Pourquoi donc est-il de moins en moins soutenu à la Knesset et dans le public qui, d’après les sondages, voudrait y mettre fin et le remplacer par une équipe « à droite toute » dirigée par Binyamin Netanyahou ?

D’abord parce que l’opposition n’a cessé de discréditer Naftali Bennett, Yaïr Lapid et les autres ministres, les empêchant souvent d’agir par une stratégie d’obstruction parlementaire. Ensuite parce qu’elle développe une rhétorique selon laquelle avec ce gouvernement, « il n’y en a que pour les Arabes ». Il est vrai que le leader du parti Ra’am, Mansour Abbas, a beaucoup obtenu pour sa communauté : un plan quinquennal de développement de 30 milliards de shekels (8 milliards d’euros), la reconnaissance de localités bédouines construites illégalement, le raccordement au réseau d’électricité de connections sauvages…

D’ailleurs, s’il devait rester quelque chose de ce gouvernement dans les livres d’Histoire, ce serait sans doute cela : la participation d’un parti arabe à une coalition sioniste.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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