Un an déjà sans Netanyahou…

L'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprimant à l'ouverture de la session d'été de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le lundi 9 mai 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo)
L'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprimant à l'ouverture de la session d'été de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le lundi 9 mai 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Le temps passe vite mais les souvenirs restent ; il y a un an, jour pour jour, Benyamin Netanyahou quittait le pouvoir en Israël, remplacé par Naftali Bennett.

Si le temps est trop court pour dresser un bilan, il est suffisamment long pour prendre conscience de la différence de gouvernance entre les années Netanyahou et l’année Bennett.

Le 13 juin 2021, la Knesset approuvait la formation d’un gouvernement d’union nationale : Netanyahou cèdera le pouvoir à Bennett qui prendra la tête du trente-sixième gouvernement israélien.

Un bilan, même provisoire, s’impose de cette première année « post-bibisme » ; la gestion de la crise sanitaire a été efficace, le chômage est retombé à son niveau d’avant la pandémie, la croissance est de retour, les relations internationales s’améliorent, etc.

Voici ce qui nous semble être les cinq différences les plus significatives entre les gouvernements Netanyahou et Bennett.

Un nouveau modèle de gouvernance

« Nous sommes passés du « Je » au « Nous » », se plaît à dire Naftali Bennett et il n’a pas tort : finis le culte de la personnalité, le pouvoir centralisé, les discours grandiloquents et les déclarations intempestives.

Désormais, les ministres du gouvernement Bennett œuvrent en silence ; ils se lèvent chaque matin pour travailler pour le peuple et non plus pour leur chef.

Et surtout peut-être : l’opposition a retrouvé sa légitimité et elle n’est plus dénigrée. Les expressions « traîtres à la nation » et « ennemis du peuple » (utilisées fréquemment par les bibistes contre la gauche, les arabes, les journalistes, etc.) ne font plus parti du lexique politique et c’est tant mieux.

Une coalition hétéroclite

Le fait d’avoir tenu une année entière avec une coalition aussi hétéroclite est en soi un exploit pour le Premier ministre Bennett !

Composé de huit formations politiques, allant de la droite à l’extrême-gauche, en passant par le centre et soutenu par des Arabes, le gouvernement actuel a relégué dans les bancs de l’opposition les partis juifs ultraorthodoxes et l’extrême-droite violente et raciste.

On ne le dira jamais assez ; la participation du parti islamiste Raam au gouvernement Bennett est un évènement historique. Rappelons aussi que son chef, Mansour Abbas, n’a pas hésité à reconnaître Israël comme l’Etat du peuple juif et il refuse de qualifier Israël d’Etat-apartheid.

Les réformes s’accélèrent

Après deux années de paralysie, le gouvernement Bennett a nommé les hauts fonctionnaires qui manquaient au sommet de l’administration (police, justice, etc.) pour faire tourner correctement les rouages de l’Etat.

Les élus de la majorité ont ensuite voté un budget et relancé des réformes longtemps repoussées. Qu’on en juge : réformes de l’éducation, des télécoms, de la justice, des retraites, de l’agriculture, des transports, de la santé et tant d’autres.

Chaque ministre dans son domaine tente de rattraper le retard accumulé durant la décennie Netanyahou, comme dans l’énergie, le réchauffement climatique et l’environnement pour ne citer que quelques exemples criants.

La lutte contre la criminalité arabe s’intensifie

Le soutien du parti islamiste Raam à la coalition Bennett facilitera l’intégration des Arabes israéliens à la société civile tout en permettant au secteur arabe de rattraper son retard dans les dotations publiques d’investissements.

Désormais, la lutte contre la criminalité qui sévit dans la société arabe est une priorité nationale et les résultats ne se sont pas faits attendre : en un an, des centaines d’armes illégales ont été confisquées et le nombre d’actes de violence a été divisé par presque deux.

A côté de la criminalité arabe, d’autres dossiers urgents attendent le gouvernement Bennett comme la réduction de l’échec scolaire, la priorité à la formation professionnelle et la reconnaissance des villages bédouins ; autant de mesures qui renforceront le sentiment d’appartenance de la jeunesse arabe à Israël.

Les relations internationales restaurées

La politique extérieure d’Israël aussi s’est mise à l’heure post-Bibi ; les relations internationales ont été renforcées et la confiance restaurée. Les relations avec la Jordanie ont été rétablies, l’alliance avec l’Egypte s’est améliorée alors que les contacts avec l’Autorité palestinienne ont repris.

La normalisation avec les pays du Golfe a été renforcée par un accord de libre-échange entre Israël et les Emirats Arabes Unis. L’Arabie Saoudite s’ouvre de plus en plus devant les Israéliens, avant même la normalisation politique entre les deux pays.

Avec les Etats-Unis aussi, un nouvel esprit de coopération s’est installé. Dès sa prise de pouvoir, Bennett a rencontré le président Biden à Washington, reprenant le dialogue avec le Parti démocrate délaissé ces dernières années.

Certes, le gouvernement Bennett n’est pas exempt d’erreurs ; les prix de l’immobilier continuent de flamber, le coût de la vie reste élevé, les routes sont toujours aussi encombrées, la majorité parlementaire est bancale, etc.

Il n’empêche que même si le gouvernement Bennett est loin d’être parfait, il a permis le retour à une normalité politique et démocratique que l’ère Netanyahou avait érodée.

« Avec le temps va, tout s’en va » dit la chanson ; en Israël, il faudra encore du temps pour tourner définitivement la page de l’ère Netanyahou. Mieux vaut tard que jamais…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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