Un accord laborieux

Benny Gantz (à gauche), le dirigeant de Kakhol lavan, et Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, signent leur accord de gouvernement d'union, le 20 avril 2020. (GPO)
Benny Gantz (à gauche), le dirigeant de Kakhol lavan, et Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, signent leur accord de gouvernement d'union, le 20 avril 2020. (GPO)

Après 484 jours de crise et trois élections, le Likoud et Bleu-Blanc sont parvenus à un accord de coalition au terme de longues négociations et de nombreuses péripéties.

Ce n’est pas le seul aspect laborieux de cet accord. Le texte compte quatorze pages, mais à une exception près – l’engagement de procéder à l’annexion de territoires en Cisjordanie – ne comporte aucune stipulation de fond.

Seulement des règles de procédure d’une complexité rare. La durée de ce gouvernement est divisée en une première période de six mois pendant laquelle le gouvernement se consacrera uniquement à la crise sanitaire et économique suivie d’une période de deux ans et demi.

L’accord de rotation au poste de Premier ministre prévoit que Binyamin Netanyahou sera Premier ministre pendant les dix-huit premier mois, Benny Gantz devant lui succéder automatiquement. De longues heures de négociations ont été consacrées au cas où Binyamin Netanyahou serait empêché par une décision de justice.

Dans ce cas, de nouvelles élections seraient convoquées. De nombreuses autres stipulations de l’accord donnent à chaque partenaire un droit de veto sur les nominations les plus importantes, notamment celles des juges.

On l’aura compris : pour l’essentiel, cet accord octroie à chacun des deux grands partis de la coalition un véritable pouvoir d’empêchement. Ce qui ne prédispose pas à une gestion dynamique, mais plutôt à l’immobilisme.

D’autant que le caractère laborieux de la prise de décision sera aggravé par le nombre de décideurs : l’accord prévoit 36 ministres et 16 ministres adjoints ! A titre de comparaison, la France avec une population sept fois plus importante compte 36 ministres et secrétaires d’Etat.

L’Allemagne avec une population neuf fois plus importante compte seize ministres, y compris la chancelière. Nul doute que cette inflation de ministres et les dépenses publiques subséquentes (cinq millions de shekels pour un ministre, trois pour un ministre adjoint) susciteront l’ire des contribuables.

En particulier à un moment où le nombre de chômeurs a largement dépassé le million. Nul doute que nombre d’Israéliens se réjouissent d’avoir enfin un gouvernement. Mais ce dernier aspect ne les conduira pas à se réconcilier avec une classe politique largement discréditée.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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