Un accord de réconciliation

Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, à gauche, du parti Yesh Atid, Yair Lapid, lors d'une session spéciale de la Knesset, au cours de laquelle les législateurs israéliens élisent un nouveau président, lors du plénum de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem mercredi, 2 juin 2021. (Ronen Zvulun/Pool Photo via AP)
Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, à gauche, du parti Yesh Atid, Yair Lapid, lors d'une session spéciale de la Knesset, au cours de laquelle les législateurs israéliens élisent un nouveau président, lors du plénum de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem mercredi, 2 juin 2021. (Ronen Zvulun/Pool Photo via AP)

En ce mercredi 2 juin, il était 23h22, soit 38 minutes avant l’expiration du délai de 28 jours dont disposait Yaïr Lapid pour former un gouvernement. La veille encore, personne ne savait s’il aboutirait, et puis tout s’est accéléré dans la soirée : les partis – huit en tout – ont paraphé l’accord.

Leurs signatures ont été publiées sur Internet, et Yaïr Lapid a pu téléphoner au président Rivlin pour lui annoncer la nouvelle : la formation d’un « gouvernement du changement ».

Mais, comme toujours en Israël, ce n’était pas terminé. Binyamin Netanyahou ne s’avouait pas vaincu et comptait sur la défection d’au moins un député de droite. Un des élus de Yemina manifestait son désir de ne pas soutenir une coalition comptant deux partis de gauche et un parti arabe. Mais son vieil ami Naftali Bennett l’a convaincu de ne pas mettre à bas l’édifice.

Finalement, Nir Orbach devrait soit voter pour, soit s’abstenir, soit s’absenter au moment du vote, ou, si sa conscience le lui commande, démissionner pour laisser sa place à Shirley Pinto, cette jeune femme sourde et muette qui, elle, est favorable au gouvernement du changement.

En échec au Parlement, Binyamin Netanyahou a joué alors la carte de la rue. Les partis et mouvements de jeunesse de droite ont programmé une manifestation le jeudi 10 juin à Jérusalem, une « marche des drapeaux » qui serait passée devant la porte de Damas et dans les quartiers arabes de la Vieille ville.

Le Likoud a manifesté devant les domiciles des dirigeants des partis de droite participant à la coalition du changement. Le patron du Service général de sécurité (Shabak) a mis en garde contre cette atmosphère de violences qui pourrait mal finir, et de nombreux observateurs rappelaient les similitudes de la période avec celle qui avait précédé l’assassinat d’Itzhak Rabin.

La police dans sa grande sagesse a préféré interdire la manifestation de jeudi. Le mauvais exemple venait de haut : le président de la Knesset, le très « bibiste » Yariv Levin, a informé les députés de la formation d’un nouveau gouvernement mais tardé à donner une date pour le vote d’investiture. Ce sera finalement dimanche 13 juin.

On connaît désormais les grandes lignes de l’accord de coalition fondé sur des mesures concrètes écartant tous les sujets qui fâchent : un budget pour 2021-2022 afin de relancer l’économie, d’importantes mesures en faveur de l’hôpital public, de la petite enfance, de la formation professionnelle…

Des thèmes très consensuels qui auraient la grande vertu de réparer un tissu social et ethnique qui n’a jamais été aussi déchiré. Un accord de coalition qui a tout d’un accord de réconciliation.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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