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Ukraine : Des événements furtifs préoccupants

Un char ukrainien tirant vers des positions russes sur la ligne de front près de Bakhmut, région de Donetsk, Ukraine, samedi 17 juin 2023. (AP Photo/Libkos)
Un char ukrainien tirant vers des positions russes sur la ligne de front près de Bakhmut, région de Donetsk, Ukraine, samedi 17 juin 2023. (AP Photo/Libkos)

Il se passe des choses inquiétantes sur le front ukrainien ; de prétendus « détails » qu’il est malvenu de critiquer dans l’état actuel de l’opinion. Fin mai, des troupes sous autorité ukrainienne ont traversé la frontière russe. Les vues distribuées montrent qu’ils utilisaient des véhicules américains et des armes belges, contrairement aux engagements pris de ne pas avoir recours au matériel en provenance de l’OTAN, hors d’Ukraine.

Il y a plus grave cependant ! Des soldats arboraient des insignes du Troisième Reich. Certes, cela ne signifie pas que toutes les forces nationales soient nazies, mais tout de même ! On objecte à ce fait concret que le Président Zelensky est juif. C’est un peu court, mais ferme le ban.

L’histoire montre que l’antisémitisme ternit la culture et l’histoire ukrainiennes. A la fin de la Première guerre mondiale, le pays connut une courte période d’indépendance, de 1918 à 1921. Cette République populaire fut surtout la victime d’une foire d’empoigne où se mêlaient le reste des troupes austro-allemande, l’Armée rouge et les « Russes blancs », plus certains voisins, comme la Pologne et la Roumanie. L’antisémitisme était virulent, sur ces terres. Des pogroms sanglants entrainèrent des dizaines de milliers de morts. C’est alors que naquit le mythe du « judéo-bolchévique » comploteur.

L’antisémitisme fit des ravages plus horribles encore au cours de la Seconde guerre mondiale. L’occupation allemande fut caractérisée par un fait bien connu : la collaboration.

Avant même le début du conflit, l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), sous la direction de Stephan Bandera, prit langue avec avec Berlin. Des volontaires furent formés au sabotage et à l’espionnage pour constituer, en temps voulu, une cinquième colonne. En juin 1940, ils jurèrent loyauté au Troisième Reich.

Poussés par la diaspora, ils parvinrent, au pic de la vague, à recruter 250.000 hommes dans leurs rangs. Le mandat de ces troupes était de combattre les Bolchéviques, de participer au génocide juif et de lutter contre les Polonais. En juillet 1941, ils proclamèrent l’« Etat d’Ukraine », dont la déclaration d’indépendance, fut annulée par les Allemands.

Les nationalistes annoncèrent néanmoins soutenir le « Nouvel ordre européen » nazi. Ils forgèrent le slogan « gloire à l’Ukraine » et imposèrent le blason du faucon or sur fond bleu, hérité de l’éphémère république populaire de 1920, qui est repris par l’armée ukrainienne contemporaine, dans une sorte de curieux continuum !

Leurs milices intervinrent lors du massacre de masse à Babi Yar. Entre 100.000 et 150.000 personnes, dont près de 35.000 juifs, furent exécutés par balle en deux jours, faisant de l’Ukraine une terre de sang. Ils avaient adressé cet avertissement aux Juifs, « avant-garde de l’impérialisme russe » : « Vous avez accueilli Saline avec des fleurs, vos têtes seront jetées aux pieds d’Hitler ». Leur ancien concept du judéo bolchévisme renaissait. Ils prirent part à la déportation du Ghetto de Varsovie. Partout où ils passèrent le peuple juif fut décimé.

La guerre changea son cours. L’Armée rouge reprit le dessus. Au printemps 1945, les collaborateurs ukrainiens, y compris la Division SS Galicie, se rendirent aux Britanniques. Sur demande du Pape, ils furent traités séparément des Allemands. Après d’intenses pressions de la diaspora, les dossiers de preuves ne furent pas examinés.

L’absence de responsabilité collective fut décrétée et, en 1948, la recherche des criminels nazis prit fin en Occident. En Octobre 1959, Bandera fut assassiné à Munich par un agent du KGB, dans la rue, par gaz cyanure. Il fut hostile à la démocratie et judéophobe, n’accordant respect à aucune minorité, nombreuses en Ukraine.

Les Américains n’ont jamais tenté de traiter avec lui à cause de ses excès nationalistes et de son antisémitisme. Sa doctrine et ses activités remplissent des pages sombres de l’histoire contemporaine. Pourtant son image paraît toujours plus populaire, comme héros de Ukraine.

Entre sa collaboration criminelle avec l’occupant nazi et sa lutte pour l’indépendance, l’opinion garde en priorité cette dernière. La principale artère de Kiev, Avenue de Moscou devait devenir celle de Bandera. Son nom a été attribué à de nombreuses rues et places de village. Des statuts le représentent. L’estimation des Juifs exécutés pendant l’occupation de l’Ukraine dépasse le million et demi.

Les auxiliaires ukrainiens des commando allemands SS firent montre d’une belle volonté d’extermination, selon les témoignages. On tente d’éteindre le souvenir de la Shoah en Europe orientale. A titre illustratif, le 11 juin 2023, la Première ministre lituanienne Simonyté parlant à Tel Aviv avec l’intention de mettre fin à la quasi-neutralité d’Israël dans le conflit russo-ukrainien vanta la contribution israélite à la culture de son pays.

Elle passa totalement sous silence la collaboration généralisée au massacre de 90 % de la population juive qui fit près de 200.000 morts, taux le plus élevé d’extermination en Europe. Son discours fut qualifié de « pathétique » ! On comprend ainsi la réaction outrée de la Knesset, lorsque le Président Zelensky a comparé l’invasion russe actuelle à la Shoah !

Plus proche de nous, chacun se souviendra que, lors des événements de la Place Maïdan, en février 2014, des drapeaux à croix gammée étaient brandis. Cette réalité fut rapidement oubliée. Le bataillon Azov, qui s’illustra lors de la défense de Marioupol, fut initialement créé par un groupe majoritairement néonazi.

Avec l’accroissement de ses effectifs, il est taxé maintenant d’ultranationaliste. Aujourd’hui, des emblèmes nazis décorent des uniformes sur le front russo-ukrainien. Il convient de s’en inquiéter. La bête immonde de l’antisémitisme menace toujours de réapparaître.

à propos de l'auteur
Marcel A. Boisard est titulaire d’un Doctorat de l’Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales (HEI) à Genève et d’un diplôme de l’Institute of World Affairs, aux Etats Unis (Salisbury, Con.). Il a mené une carrière internationale longue et variée. Elle a combiné, à la fois, recherche et enseignement académiques et pratique quotidienne des relations internationales. Il fut brièvement collaborateur au Ministère suisse des Affaires étrangères, puis Conseiller du gouvernement du Burundi. Il fut pour un temps chargé de recherches à l’Institut de Hautes Etudes internationales. Entré au service du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), il a été, pendant plus d‘une décennie, délégué et chef de délégation, sur le terrain des conflits, dans plusieurs pays arabe (Algérie, Yémen, Egypte, Jordanie). Il a ensuite rejoint les Nations Unies, devenant Directeur du Bureau européen, puis Directeur général de l’Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR). Il fut promu au grade de Sous-secrétaire général. Il a participé à de nombreuses conférences et eut maintes occasions de s’adresser à l’Assemblée générale, ainsi qu’à divers Sommets mondiaux, tenus sous l’égide de l’ONU. Il a également contribué à de nombreux séminaires de réflexion sur les affaires mondiales Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parus aux Editions Albin Michel, aux Presses de l’UNESCO, du CICR et de l’ONU, ainsi que de nombreuses publications et articles parus dans des revues savantes et des journaux d’audience internationale. Les principaux thèmes qu’il y traita touchaient aux relations internationales, au monde arabo-musulman, aux rapports culturels et à la diplomatie multinationale. Son dernier ouvrage s’intitule : Une si belle illusion, Réécrire la Charte des Nations Unies, Paris, Editions du Panthéon, (sous presse) 2018 Marcel A. Boisard a été décoré de l’Ordre du Mérite par feu le Président Anouar al-Sadat.
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