Tu ne tueras point…
Alors qu’Israël traverse une période troublée en se battant sur trois fronts à la fois, l’argent étant le nerf de la guerre, le gouvernement a décrété une augmentation de 8,3 milliards d’euros au budget du ministère de la défense. Mais, cela ne résout pas pour autant le problème du nombre de combattants dont peut disposer Tsahal pour faire face à des contraintes stratégiques jusqu’alors inconnues.
Nul doute que Benyamin Netanyahou a pactisé avec l’extrême-droite dans le seul but de conserver un semblant de pouvoir mis à mal par les affaires judiciaires et de plus en plus illusoire. Cette fuite en avant, même si les événements du 7 octobre appelaient une réponse aussi cruelle qu’inévitable, a eu pour conséquence de faire apparaître une contradiction majeure. Tributaire d’un extrême prêt à guerroyer sans relâche dans l’optique illusoire d’un « Grand Israël », la demande, sans cesse croissante, de troupes créée par cette politique aventureuse s’est brutalement heurtée aux orthodoxes, alliés incontournables de son gouvernement, qui, tout en prêchant la guerre, refusent de la faire.
N’en étant pas à une contradiction près, la peine de mort n’a été appliquée que deux fois depuis la création de l’état hébreu. La première fut en 1948 celle de Meir Tobianski, un officier de l’armée israélienne accusé d’espionnage et disculpé à titre posthume. La seconde fut celle, en 1962, d’Adolf Eichmann de triste mémoire. Depuis cette dernière, un moratoire fut décrété et plus jamais elle ne fut prononcée.
Malheureusement, la fuite en avant du Premier ministre israélien continue le travail de sape de ce pays qui, malgré les affrontements successifs, n’a jamais renoncé à être une démocratie, en abattant successivement tout ce qui constituait l’essence de cette dernière. C’est ainsi qu’une loi adoptée par le parlement vient, d’un coup d’un seul, saper les fondements d’un idéal outrageusement détourné par les extrémistes. Alors que les colons israéliens peuvent, en toute impunité, s’emparer des biens palestiniens, les millions de Palestiniens à Gaza subiront la loi du talion.
Malgré un accouchement plus que difficile, malgré des guerres de la part de ses voisins dont le seul but étaient de « rejeter les juifs à la mer », slogan dont le sens peut être diversement interprété, Israël a survécu. Elle a survécu non seulement grâce à la résilience de sa population et à la force de son armée, mais aussi, parce que durant toutes ces années, cet état fut la seule démocratie du Moyen-Orient.
En oubliant les racines qui ont présidé à sa création, en perdant de vue que la démocratie est un ciment bien plus fort que la poigne illusoire des dictatures, le gouvernement israélien met à mal ce qui fut, et ce qui devrait être la force essentielle du peuple hébreu : l’idée d’égalité et de justice, et ce, quelles que soient les circonstances.
En trahissant cette idée, en pactisant avec le diable dans le seul but de sauver son misérable arrière-train, Benyamin Netanyahou trahit tout ce qui fut l’héritage d’un grand peuple. Ce « Grand Israël » dont ses alliés et lui rêvent n’est plus qu’une nation qui, de victime, devient bourreau. Confondre le droit légitime à l’existence et l’iniquité n’est pas une erreur, c’est une faute dont je ne sais si elle nous sera pardonnée un jour.
L’on a dit autrefois que notre peuple était : « le sel de la terre ». J’ai bien peur qu’en se livrant à des dirigeants indignes, le sel n’ait été dilué dans l’eau saumâtre de l’ambition…
