Trump exige qu’Israël réduise ses activités avec la Chine

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président chinois Xi Jinping posent pour des photographes avant leur entretien au Diaoyutai State Guesthouse mardi 21 mars 2017 à Pékin, en Chine. (Etienne Oliveau / Photo de la piscine via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président chinois Xi Jinping posent pour des photographes avant leur entretien au Diaoyutai State Guesthouse mardi 21 mars 2017 à Pékin, en Chine. (Etienne Oliveau / Photo de la piscine via AP)

Dans le cadre de la rivalité croissante entre la Chine et les États-Unis, Donald Trump veut que ses partenaires réduisent leurs activités avec la Chine. C’est le dilemme auquel est confronté Benjamin Netanyahou, partagé entre son amitié pour Trump et le pragmatisme économique.

Pourtant au Moyen-Orient, la Chine est par intérêt ouverte à toutes les sensibilités politiques afin de maintenir des relations avec tous les États sans exclusive, Arabie saoudite et l’Iran compris. De même elle n’hésite pas à traiter avec les Palestiniens dans le cadre d’une médiation avec Israël.

La réaction chinoise à la décision des États-Unis de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël était claire. La Chine a voté avec tous les autres membres du Conseil de sécurité pour maintenir le consensus international et les décisions antérieures des Nations unies sur Jérusalem.

En revanche, l’alignement de la Chine sur l’opinion publique internationale lui a donné l’aura d’un médiateur potentiel. A l’occasion de la visite de Mahmoud Abbas, en juillet 2018 à Pékin, les dirigeants chinois avaient proposé d’accueillir des pourparlers trilatéraux avec les Israéliens et les Palestiniens, afin de reprendre les négociations de paix. Mais comme d’habitude et fidèle à son intransigeance, Mahmoud Abbas n’a pas exploité cette opportunité.

Alors qu’une série d’accords sur les armes aveint été signés à la fin des années 1970, il a fallu attendre 1992 pour l’établissement de relations diplomatiques officielles. Mais déjà Washington s’était opposé aux transferts d’armes à la Chine. Israël a donc axé ses liens d’avantage sur la coopération économique.

En effet les mauvaises relations avec Barack Obama, la montée de BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) et la stagnation économique en Europe ont poussé Israël à s’orienter vers l’Est ce qui a été concrétisé par la visite d’État de Netanyahou en Chine. Puis, en 2015, Israël a rejoint la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, dirigée par la Chine, contre la volonté des États-Unis. Cela a permis de signer une dizaine d’accords avec Pékin.

Donald Trump fait aujourd’hui pression pour qu’Israël change de cap d’autant plus que la crise du coronavirus a exacerbé les relations sino-américaines. C’est pourquoi le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est rendu à Jérusalem pour convaincre Netanyahou de réviser ses positions vis-à-vis de la Chine. C’était trop demander au Premier ministre israélien qui a cependant dû faire un geste de bonne volonté en attribuant le contrat d’une usine de dessalement à une entreprise israélienne alors que Hong Kong était sur les rangs.

Netanyahou a prétexté un problème de coût. Par ailleurs, un consortium chinois a été écarté du projet de  création d’une nouvelle centrale électrique israélienne. Enfin le géant chinois de la technologie, Huawei, ne participera pas à l’appel d’offres du réseau 5G d’Israël. Cela sera, tout bénéfice pour les entreprises israéliennes dont les fleurons ont été cédés à la Chine. En effet, en raison d’une politique économique ultra libérale, l’industrie chimique avec l’usine Agan et l’industrie alimentaire avec Tnouva, des véritables bijoux de famille, ont été cédées à un consortium chinois.

Mais Washington aura beaucoup de mal à saper les relations commerciales sino-israéliennes substantielles et multiformes. Les exportations vers la Chine ont quadruplé entre 2008 et 2018 faisant de ce pays le deuxième partenaire commercial. Un accord de libre-échange est en préparation.

Les échanges académiques se développent avec de nombreux étudiants chinois qui viennent en Israël. L’Université Tsinghua et celle de Tel Aviv ont créé ensemble un centre de recherche tandis que le Technion s’est installé dans la province chinoise du Guangdong. Enfin le tourisme chinois explose avec plus de 100.000 touristes en 2018.

Les États-Unis ne peuvent pas s’opposer aux échanges avec la Chine tant qu’il ne s’agit pas de produits de haute technologie n’impliquant pas d’éléments de base américains. Des entreprises chinoises participent à des projets d’infrastructure en Israël. Ainsi le groupe  Shanghai International Port a remporté l’appel d’offres du port à conteneurs de Haïfa, à partir de 2021.

Une autre société a construit et va gérer un deuxième port à Ashdod. Des entreprises chinoises participent à la construction du tramway de Tel-Aviv et à une liaison ferroviaire «Red-Med»reliant Ashdod au port d’Eilat sur la mer Rouge pour donner à la Chine un accès  à la Méditerranée afin de ne plus dépendre du Canal de Suez.

Certains dirigeants israéliens et américains avaient voulu en vain s’opposer à ces contrats car le terminal de Haïfa jouxte une base navale israélienne fréquentée par la sixième flotte américaine avec un risque d’espionnage des actifs israéliens.

Des entreprises chinoises de haute technologie, Alibaba, Tencent et Baidu, ont investi dans le «Silicon Wadi» d’Israël car Pékin veut faire partie des superpuissances technologiques.  C’est pourquoi, de 2015 à 2016, l’investissement technologique chinois en Israël a décuplé avec en particulier la création en 2017 d’un centre de recherche Alibaba à Tel-Aviv dans le cadre d’un partenariat d’innovation.

Un problème existe cependant avec le géant de la technologie ZTE qui investit en Israël mais qui travaille avec l’Iran. Ses investissements pourraient en fait masquer un transfert des technologies israéliennes et américaines, intelligence artificielle, semi-conducteurs, satellites et robotique, vers des projets militaires. Cela inquiète les Américains à juste titre car le risque de cyber-espionnage est grand. Israël a bien mis en place un comité chargé de sélectionner les investissements étrangers pour évaluer les risques mais le secteur de la technologie n’est pas encore couvert.

Israël ne peut pas passer outre aux recommandations, voire aux exigences américaines, car il dépend politiquement et économiquement des États-Unis. Washington n’a jamais lâché Israël dans ses votes à l’ONU alors que la Chine ne se prive pas de voter contre Israël, comme à l’occasion de la résolution sur le choix de Jérusalem comme Capitale.

Mais Israël ne pourra pas trop résister à la pression américaine et il sera contraint de réduire, pour le principe, ses relations avec la Chine pour ne pas envenimer ses liens avec Trump. Mais avec la crise mondiale due au coronavirus, Israël ne semble pas disposé au suicide économique. Il n’oublie pas non plus que la Chine détient un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

L’inconnue reste l’élection américaine car, si Joe Biden est élu, les relations américano-israéliennes ne seront plus au beau fixe. Cependant, Israël ne peut pas uniquement compter sur ses alliés traditionnels et il sera contraint d’équilibrer sa politique en s’ouvrant de plus en plus vers de nouveaux amis en Asie. C’est déjà le cas avec l’Inde devenue un grand partenaire. Par ailleurs si l’Europe persiste dans sa volonté de sanctions contre Israël en cas d’annexion, elle ne fera que le pousser sur l’orbite chinoise.

Israël se trouve confronté à la rivalité des deux superpuissances. Mais les États-Unis et la Chine n’ont pas d’autre choix que de trouver un consensus à leurs différends car aucune autre solution raisonnable ne peut être envisagée dans l’intérêt de la paix mondiale.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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