Trois victoires et un enterrement

Les Israéliens comptent les bulletins de vote restants au Parlement israélien à Jérusalem, un jour après les élections générales, le 4 mars 2020. Photo Olivier Fitoussi / Flash90
Les Israéliens comptent les bulletins de vote restants au Parlement israélien à Jérusalem, un jour après les élections générales, le 4 mars 2020. Photo Olivier Fitoussi / Flash90

Alors que les résultats définitifs ne sont pas encore connus à l’heure où ces lignes sont écrites, le scrutin du 2 mars 2020 met fin à une crise qui durait depuis quinze mois, et se conclut par trois victoires éclatantes et une défaite cinglante.

Avant d’examiner le sort fait aux partis, il faut saluer une première victoire, celle du suffrage universel.

Le taux de participation – plus de 71 % – est supérieur de plus d’un point à celui enregistré le 17 septembre 2019. Ceci, en dépit du sentiment de lassitude éprouvé par les électeurs invités à se rendre aux urnes pour la troisième fois en moins de onze mois.

La seconde victoire est celle – magistrale – de Binyamin Netanyahou qui place la droite largement en tête et fait de son parti le premier du pays. Il réussit cet exploit alors que, mis en examen dans trois affaires, il doit comparaître devant le Tribunal de Jérusalem le 17 mars. Plus encore, ses quatorze ans dont onze consécutifs au pouvoir, loin d’user son image, l’ont bonifié : le chef incontesté de la droite a été promu père de la Nation.

La troisième victoire est celle des responsables arabes de la liste unifiée. Avec plus de sièges que jamais, ils ont réussi un triple examen de passage : devenue la troisième force politique pays, la liste unifiée (Réchima méchoutefet) ne peut plus être ignorée par les autres partis et passer pour une composante négligeable de la vie politique israélienne; ses dirigeants ont réussi à mobiliser le public arabe avec un taux de participation s’approchant de la moyenne nationale; ses candidats ont obtenu le soutien de nombreux électeurs juifs persuadés que, désormais, la vraie gauche se situe là entre revendication d’un Israël pour tous ses citoyens et soutien aux aspirations nationales du peuple palestinien. Le succès de la liste unifiée est d’autant plus remarquable que les autres partis d’opposition sont mal en point.

L’avenir du Parti Bleu blanc (Kahol Lavan) ne sera pas examiné ici car on ne tire pas sur une ambulance. Les deux partis de gauche – le Parti travailliste et Meretz – ont réussi grâce à leur union à prolonger leur agonie. Le peuple israélien avait décidé de les enterrer, mais les funérailles sont différées, les deux malades ayant été admis en salle de soins palliatifs.

Nul ne saurait contester le verdict du 2 mars car le suffrage universel a parlé.

Lors de ce scrutin qui fera date, les Israéliens ont décidé d’imprimer à leur vie politique nationale un profil devenu familier en Occident : ils ont confié le pouvoir à une droite populiste voulant liquider l’indépendance du système judiciaire, remettre en cause la liberté des médias, et sacrifier le progrès social sur l’autel d’une économie ultra-libérale. Comme aux Etats-Unis de Donald Trump, dans la Russie de Vladimir Poutine, l’Inde de Narendra Modi ou la Hongrie de Victor Orban. On achève bien les démocraties.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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