Trois premières observations sur les élections du 9 avril 2019

Alors que les résultats ne sont pas encore définitifs, on peut déjà faire trois observations sur les élections du 9 avril.

La première concerne le vainqueur. Obtenant 35 mandats pour le Likoud et une large majorité de droite (65 à l’heure où ces lignes sont écrites), Binyamin Netanyahou remporte une victoire sans appel. Avec des alliés renforcés dans le secteur ultra-orthodoxe et affaiblis sur sa droite, il disposera de la coalition idéale pour tenter d’atteindre son objectif essentiel : imposer par tous les moyens – « loi française », mise en œuvre de l’immunité parlementaire ou toute autre initiative – un dispositif lui permettant d’échapper le plus longtemps possible aux juges.

La seconde observation s’adresse aux vaincus, ce « bloc de centre-gauche », qui en fait n’a jamais existé. Avec 35 députés, Benny Gantz peut se prévaloir d’une défaite honorable trois mois après la formation de Bleu et blanc, cette liste « ni de droite, ni de gauche ». Reste à savoir s’il pourra maintenir cette ambiguïté dans l’opposition, et surtout si ses alliés, et d’abord Yaïr Lapid, accepteront encore longtemps son leadership. Les partis arabes figurent aussi dans le camp des vaincus.

Une baisse sensible du taux de participation (près de 10 points !) des Arabes israéliens ramène leur représentation parlementaire à 10 sièges contre 13 dans la Knesset sortante. Les partis arabes devront affronter les défis posés par leur division et la puissance du courant de boycott des élections. La grande vaincue est la gauche qui avec 10 sièges (6 pour le Parti travailliste et 4 pour Meretz) est marginalisée.

Il appartiendra à la gauche israélienne, au terme d’une réflexion sur ce qui lui arrive, de prendre les mesures susceptibles de la sauver : fusion des deux partis pour former une social-démocratie à l’israélienne ou ralliement à Bleu et Blanc pour construire un grand Parti démocrate.

Une dernière observation s’impose sur le nouveau modèle politique israélien qui s’est imposé : celui d’une campagne négative où les débats de fond ont été soigneusement écartés au profit d’attaques personnelles et de fake news véhiculés par des réseaux sociaux, qui, sans contrôle et sans limite, ont supplanté les médias traditionnels.

Auprès de ses 6 millions de followers sur la toile, Binyamin Netanyahou a pu multiplier les attaques contre la gauche, les juges et la presse qui lui ont de nouveau bien réussi. « King Bibi », cette bête politique, cette machine de guerre électorale, va accéder pour la cinquième fois à la direction des affaires du pays. Le 10 avril au matin, Israël s’est réveillé avec une droite qui se porte bien. La démocratie, un peu moins.

About the Author
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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