Trois premières leçons sur les élections municipales en Israël

Curieuses élections que celles des autorités locales en Israël où la presse et les électeurs ne se mobilisent que dans les derniers jours. Encore plus curieuses pour les électeurs francophones peu habitués à choisir deux bulletins, l’un pour le maire, l’autre pour le Conseil municipal, le premier pouvant être élu dès le premier tour avec 40 % des voix, alors que les sièges au sein de l’assemblée locale sont répartis à la proportionnelle intégrale. De ce scrutin du 30 octobre 2018, on peut déjà retenir trois leçons.

La première est la progression de la participation qui gagne près de 10 points au niveau national (60 % contre 51 % en 2013), sans doute encouragée par le jour de congé octroyé pour la première fois aux salariés.

L’abstention diffère selon la taille de la localité, faible dans les petites, plus forte dans les grandes, surtout à Jérusalem qui réussit l’exploit de voter moins que la dernière fois (-1,5 %), avec des taux de participation très différents selon les quartiers : 50 % chez les ultra-orthodoxes, 30 % chez les laïcs.

Mais la ville trois fois sainte a réservé d’autres surprises qui constituent la seconde leçon de ces élections : une vraie division chez les ultra-orthodoxes. Au second tour, Agoudat Israël (la branche hassidique de Yaadout ha Thora) pourrait même appuyer le candidat laïc Ofer Berkovitz contre Moshé Léon (soutenu par Shas et Degel ha Thora, la branche lithuanienne) arrivé en tête avec 33% des voix soit 5 points d’avance.

Le monde religieux n’est plus ce que l’on croit, allant même jusqu’à voter pour une femme, travailliste de surcroît, Einat Kalish-Rotem, qui triomphe à Haïfa avec 55 % des voix. A Beit Shemesh, une partie de cet électorat a même abandonné le maire sortant ultra-orthodoxe lui-même pour une candidate sioniste-religieuse, Aliza Bloch, qui emporte la mairie.

La troisième leçon de ces élections est qu’elle se joue sur les enjeux locaux : l’urbanisme, l’éducation, la propreté, et donc sur le bilan du maire sortant. Lorsque celui-ci est incontesté, il triomphe, comme Ruby Danilovitch qui emporte 91 % des suffrages à Beer-Sheva, ou Ron Huldaï qui à Tel-Aviv entame à 74 ans son cinquième mandat, laissant son ancien adjoint, Assaf Zamir, 13 points derrière lui. Rien que de très normal jusqu’ici, ce qui limite le « dégagisme » à des maires ayant fait leur temps (à Haïfa, à Afoula, à Naharia …).

Mais le vote sur les enjeux locaux a aussi sa face sombre : des maires inculpés ou sous enquête pour corruption ne sont pas sanctionnés, comme Myriam Fajnberg à Netanya qui l’emporte facilement dès le 1er tour avec 48 % des voix. Cette accoutumance à l’illégalité n’est pas si surprenante que cela. Elle existe dans d’autres pays, et en Israël, le mauvais exemple vient de haut …

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Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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