Tribune du Président de l’AGIS suite aux articles parus dans Israël Actualités du 25 avril 2018

L’AGIS est l’Association des Amis de la Gauche Israélienne

Dans votre édition du 25 avril dernier, cinq de vos articles évoquaient Natalie Portman. En page 3 de votre journal, vous écrivez : « mais ce juste émerveillement, devant le miracle qu’est l’état juif, ne doit pas nous faire oublier nos ennemis. Ceux qui nous cernent, comme ceux de l’intérieur. Ce sont d’ailleurs ceux-là qui nous causent, finalement le plus de contrariétés. » Un peu plus loin, dans ce même article, nous pouvons lire à propos de Natalie Portman : « une traîtrise qu’il sera difficile, pour les Israéliens, de lui pardonner. Pour l’ensemble du peuple juif aussi. »

A la fin de cet article vous réemployez le mot traîtrise en écrivant : « Et puis il y a ces trahisons qui font mal, celles de nos propres rangs, celles des nôtres qui quittent le navire »

Cet article fait mal à Israël car ce dernier est une démocratie où chacun peut exprimer ses opinions, où chacun a le droit de critiquer le Premier ministre. Pour votre journal, la critique du Gouvernement Israélien est un casus belli. Vous écrivez à la fin de votre éditorial qu’«on ne dénigre pas son pays lorsque celui-ci est en guerre contre ceux qui veulent sa perte »

Natalie Portman a répondu aux accusations en écrivant que « comme beaucoup d’Israéliens et de Juifs dans le monde, je peux critiquer la direction israélienne sans pour autant vouloir boycotter l’ensemble du pays ».

Vos propos sont graves lorsque vous parlez de traîtrise, dont je vous rappelle la définition :  la traîtrise est l’action de trahir son pays, sa patrie. C’est une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, commise par un citoyen ou un militaire au service de son pays. (Cette atteinte constitue le fait d’espionnage si l’auteur est étranger.)

Samedi 28 avril le Colonel de réserve Bar lev faisait une conférence à Paris. Ses paroles étaient beaucoup plus dures vis-à-vis du Gouvernement israélien que celles de Natalie Portman. Est-il lui aussi une traître à la nation ? Lui qui a été le chef de la Sayeret Matkal (unité d’élite) ?

Il est d’ailleurs dommage que vos journalistes ne soient jamais présents lors des réunions de la gauche sioniste.

« Ceux de l’intérieur, ce sont d’ailleurs ceux-là qui nous causent, finalement plus de contrariétés »

Si je comprends bien, les opposants au gouvernement de Netanyahou seraient plus dangereux que le Hamas. S’ils étaient vraiment plus dangereux que les vrais ennemis d’Israël, nous pouvons nous demander pourquoi Tsahal rappelle dans ses rangs certains de ses « ennemis » pour des périodes militaires.

Enfin vous écrivez qu’ « on ne dénigre pas son pays lorsque celui-ci est en guerre contre ceux qui veulent sa perte »
Je suis désolé de vous rappeler une seconde fois qu’Israël a toujours été une démocratie. Depuis la création de l’Etat, les oppositions ont eu droit à la parole. Lorsque la gauche était au pouvoir, le Likoud ne s’est pas gêné de critiquer la politique sécuritaire des différents gouvernements.

En conclusion, je souhaite revenir sur un fait qui j’espère vous fera réfléchir. Avant d’être assassiné par un extrémiste juif, Itzhak Rabin fut traité pendant de longues semaines de traître et nous en connaissons les conséquences tragiques. J’espère que votre journal est aussi démocratique que l’Etat d’Israël et qu’il publiera cette tribune.

Cordial Chalom,

Eric Gozlan

Président de l’AGIS

Association des Amis de la Gauche Israélienne

à propos de l'auteur
Éric Gozlan est né en 1964. Il a vécu une grande partie de sa vie en Israël au kibboutz et a servi dans une unité combattante de Tsahal pendant la première guerre du Liban et la première Intifada. Il étudie l’économie en Israël. De retour en France, il est reçu au troisième concours de l'École Nationale de la Magistrature et a travaillé de nombreuses années dans le milieu bancaire et au Conseil de l’Europe. En dehors de son parcours professionnel, Éric a toujours été intéressé par le social et les relations interreligieuses. Il pense qu’il est possible d’arriver à la paix par la religion (puisque les guerres partent souvent de celle-ci). C’est pour cette raison qu’il s’emploie en France à travailler sur le dialogue interreligieux et ce notamment avec l’Imam Chalghoumi Il a été nommé il y a peu par le roi des Roms ambassadeur de sa cause pour la France et a reçu la médaille de la paix en Roumanie. Éric est souvent invité à des congrès pour la paix pour donner son expertise sur certains problèmes Il a participé à deux nombreux colloques sur la paix et le dialogue inter religieux en Corée, Russie, Etats-Unis, Bahreïn, Belgique, Angleterre, Italie, Roumanie… Il est fondateur de Focus International Consulting et directeur de l'International Council for Diplomacy and Dialogue Eric Gozlan écrit dans plusieurs revues dont le Nouvel Observateur en France, Times of Israël en Israël et a publié dernièrement, suite à une demande du Vatican, une étude sur l’apostasie dans le Judaïsme
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