Tisha Be’Av ou la peine perdue

Le 9 du mois de Av qui marque la destruction des deux Temples de Jérusalem. Et, la souffrance symbolique, que le Peuple Juif emporta avec elle dans ses exodes répétés.

Pourtant cette année, je n’ai pas ressenti de tristesse, non vraiment aucune ! Car notre délivrance est imminente, si proche que ce jeûne a acquis, une autre dimension, plus mystique et universelle. Et cet exemple qui me vient à l’esprit, cette mariée attendant, ce soir, de s’unir à l’homme qu’elle aime avec passion, portée par tant d’impatience, par tant d’espérance, qu’elle en oublie de manger. Déjà entière d’amour !

Combien d’entre nous, avons déjà vécu ces moments, l’estomac noué par le retour de l’être aimé-e par une longue séparation. 

Alors que ces dernières semaines, il nous a été interdit de manger de la viande et de boire du vin, car en cette période les sacrifices et les libations de vin cessèrent dans le Temple. Cependant, ne serions-nous pas affranchi-e-s du deuil de l’exil des exilé-e-s? Mais le Beit Hamikdach n’est plus une chimère, presque palpable, et s’identifie à une pensée collective, qui repose sur une construction solide…

Le peuple juif, à présent, jouit librement sur sa Terre.

Or, comment ressentir la période de Tisha Be’Av comme une période de deuil. En effet, pleurer les pierres, se lamenter sur le souvenir vivace et vivant des exodes, tellement vivant, que la Terre d’Israël, que les murs en Israël parlent, à qui sait, à qui veut, les entendre… Nous sommes à l’ère, de la pleine conscience collective et la re-découverte du Troisième Temple intérieur.

Car nous sommes ce Temple moderne !

Tant de signes soutiennent que nous sommes à la fin de l’épreuve, au seuil d’un nouveau règne. Le sursaut a traversé la planète et les nations du monde libre, reconnaissent en et par Israël, un centre névralgique, d’intérêt commun.

En parallèle, nos perceptions s’aiguisent, tambour battant.

Les Peuples ressentent, vivent, expériment, expriment, la spiritualité moderne… Sujet d’actualité, étudié, récurrent et unanime. L’éveil et la pleine conscience, le développement personnel, la bienveillance appliquée, l’écologie, sont les nouvelles religions qui inspirent l’Humanité. Il faut l’entendre !

Nous serions donc en train de recevoir le Messie ?

Qui serait caractérisé, selon les uns, par la splendeur dans la décadence de notre siècle, autrement dit, l’ère eschatologique universelle, et par les autres, l’homme céleste, porteur d’un message unificateur, le libérateur, le Messie lui-même !

Tout autant libérateur et délivrance. 

Mais si les termes et les concepts diffèrent, l’acceptation de la rédemption, qu’elle soit de l’ordre du collectif ou de l’individuel, est accueillie par l’ensemble.

Aussi, j’y vois, la force du renouveau et de l’espoir, à travers la réapparition du peuple juif après la Shoah, le peuple miroir qui reflète l’humain cherchant par tous les moyens à s’améliorer.

Mais n’est ce pas la définition du transhumanisme ? Je le crois pertinemment. 

Le transhumanisme est à notre génération, ce que le Messie serait à la providence divine sur Terre. Une chance, de devenir des hommes et des femmes amélioré-e-s et providentiellement meilleur-e-s, des Messies de l’ombre, des Messies récepteurs et receveurs, ayant les prédispositions décuplées afin de recevoir ce Temple universel qui ne dépend, finalement, que de nous. Et par, le biais de ces connaissances, affiner les valeurs et les règles de conduite de notre société.

Ce qui unit les êtres humains c’est souvent l’émotion.

Alors, comment être triste et se sentir endeuillé-e, quand le dépassement de notre humanité est incessante et se construit à chacun de nos efforts. Car pour paraphraser Napoléon :

« Un peuple qui pleure depuis si longtemps la perte de son temple, aura sans aucun doute le mérite de le voir reconstruit ».

Non vraiment, comment être triste, alors que nous nous préparons à nous recevoir ! 

La joie régna en ce jour de Tisha Be’Av, car notre génération aura le mérite de voir notre troisième Temple (intérieur) reconstruit et Mashiah à sa suite.

Mais si, mais si…

(A la mémoire de Dvir Yehouda Sorek Za”l)

Photo :  Porte de Jaffa / Deborah Navah 2013 ©
à propos de l'auteur
Deborah est une artiste, photographe, blogueuse, humaniste dans l'âme, elle participe à des actions humanitaires internationales et crée un langage intercommunautaire. Grâce à des actions reconnues, elle s'est faite une place dans la sphère humanitaire et associative. Riche de plusieurs cultures, de plusieurs nationalités et d'une expertise certaine, elle partage l'espoir du "vivre ensemble" dans le respect de la différence hors de l’indifférence. Son regard neuf sur le monde n'est jamais insensible, il dit sans dénoncer, il écoute et observe une société en mouvement. Elle photographie et raconte ces instants de vie pour transmettre le sens de l'échange.
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