Featured Post

Terrorisme juif

La commission de la sécurité nationale de la Knesset se réunit pour examiner la proposition de loi autorisant la peine de mort pour les terroristes, le 3 novembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
La commission de la sécurité nationale de la Knesset se réunit pour examiner la proposition de loi autorisant la peine de mort pour les terroristes, le 3 novembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La Knesset vient d’adopter en première lecture la loi relative à la peine de mort pour les terroristes. Du moins pour certains terroristes, puisque la loi s’applique à ceux dont l’action s’inscrit dans le cadre d’une « intention de nuire à l’État d’Israël et à la renaissance du peuple juif sur sa terre ». En d’autres termes, la loi ne s’appliquera qu’aux terroristes palestiniens et non aux terroristes juifs.

Car le terrorisme juif existe bien. Il n’est pas nouveau et Menahem Begin, en son temps, l’avait dénoncé.

Depuis plusieurs années, et de façon encore plus intense après le 7 octobre 2023, des groupes de jeunes Juifs dits « jeunes de collines » le pratiquent quotidiennement en Cisjordanie. De véritables pogromes sont le lot quotidien de villages palestiniens. Des véhicules et des habitations sont incendiés, des Palestiniens battus, leur bétail abattu ou volé, les récoltes empêchées ou détruites…

Le profil des assaillants est bien connu. Il est celui de plusieurs centaines de jeunes, parfois âgés de 15 ans, souvent en situation de rupture familiale et de décrochage scolaire.

Leur pratique religieuse ne les empêche pas de consommer abondamment de l’alcool et des drogues en tous genres. Inspirés par l’idéologie kahaniste, ils veulent expulser les Palestiniens afin que seuls les Juifs habitent la « terre d’israël toute entière ».

Ils s’installent dans des colonies illégales et mènent à partir d’elles leurs attaques contre les villages palestiniens alentour. Ils s’en prennent même aux soldats israéliens qui s’opposent à leurs exactions. Mais la plupart du temps, ils agissent en toute impunité.

Il est vrai que les deux ministres dont dépendent les forces de l’ordre dans les territoires, Itamar Ben Gvir et Betsalel Smotrich, partagent leur idéologie et ne font rien contre eux, quand ils ne les encouragent pas.

Le ministre de la Défense, Israel Katz, a même amoindri les moyens de lutter contre ce terrorisme en exemptant les Juifs de la peine de détention administrative qui permet d’arrêter préventivement toute personne sans l’intervention d’un juge et sur la base d’un simple soupçon. Jusqu’à ces derniers mois, le public israélien n’était guère informé de ces faits, la guerre à Gaza captant l’attention.

Depuis quelques semaines, les médias israéliens, rompant avec une forme d’auto-censure, consacrent de plus en plus de reportages à ces événements. Le quotidien populaire Yedioth Aharonot a même décrit ces jeunes comme les « barbares des collines ».

Il est vrai que ces derniers mois, le niveau de violence a atteint des sommets : 260 attaques depuis début octobre. On aurait tort de sous-estimer l’impact de ce terrorisme juif : il encourage l’extrémisme chez les jeunes Palestiniens, à tel point que les services de sécurité craignent une troisième intifada.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments