Témoignage : Saeb Erekat, le négociateur palestinien qui falsifiait l’Histoire 

Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat prenant la parole lors de la conférence nationale de J Street, le lundi 28 octobre 2019, à Washington. (Photo AP / Jacquelyn Martin)
Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat prenant la parole lors de la conférence nationale de J Street, le lundi 28 octobre 2019, à Washington. (Photo AP / Jacquelyn Martin)

En 1996, durant les négociations de paix avec les Palestiniens, j’ai eu le privilège d’être pendant deux ans le porte-parole de la délégation israélienne. J’ai donc assisté à de nombreuses négociations avec Yasser Arafat, Mahmoud Abbas et Saeb Erekat.

Ce n’était guère une partie de plaisir car après les Accords d’Oslo les dirigeants palestiniens rêvaient obtenir rapidement un Etat indépendant sans pour autant faire des concessions ou aboutir à un compromis.

Lors de ces longues discussions, Saeb Erekat se distinguait par sa conduite aimable et amicale. Intellectuel, il tentait de séduire ses interlocuteurs tel un habile diplomate, mais en réalité, jouait bien la comédie en suivant fidèlement les pas d’Arafat.

Rusé comme un vieux renard, il cachait un double jeu machiavélique. Souvent coléreux, il employait la mauvaise foi pour parvenir à ses fins. Il rapportait à la presse certaines informations qui ne correspondaient pas toujours aux pourparlers en cours et surtout ne reflétaient pas toute la vérité.

Certes, dans toutes les négociations de ce genre nous affrontons une guerre psychologique et toutes sortes de ballons d’essai. Chaque partie essaye de tirer profit, de cacher ses intentions ou d’avancer ses pions, ce qui est dit à huis clos était souvent différent après, devant la presse.

Dans ce climat tendu et imprévisible, Erekat fut un champion des relations publiques qui n’hésitait pas à utiliser une rhétorique mensongère en inventant même des faits historiques.

Par exemple, l’ancien négociateur en chef insistait que les Palestiniens étaient les descendants des Cananéens et constituaient donc les populations autochtones de la région. Selon lui, la présence palestinienne remonte à la période avant l’émergence du peuple juif, soit 1 500 ans avant l’ère chrétienne.

La vérité est bien évidemment tout autre. La famille de Saeb Erekat est en réalité bédouine, originaire de la région du Hedjaz en Arabie Saoudite, et elle s’est installée dans le village d’Abu Dis qu’au début du XXe siècle et plus tard à Jéricho.

Les Palestiniens n’ont aucun rapport avec les Philistins et n’ont aucune racine millénaire dans notre pays. Pour des raisons politiques, et afin de justifier leur cause, ils s’inventent des origines antérieures.

En revanche, la présence historique du peuple juif en “Terre Sainte” est bien documentée, non seulement par les Écritures des trois religions monothéistes et par de nombreux vestiges archéologiques, mais aussi par des ouvrages historiques irréfutables publiés entre autres par les Grecs et les Romains.

Les allégations sur l’ascendance cananéenne des Palestiniens sont donc infondées et mêmes ridicules.

Erekat était orfèvre dans la manipulation et la falsification des faits. Nous nous souvenons de ses scandaleuses déclarations infondées sur « l’horrible massacre » à Djénine en 2003, affirmant que « Tsahal avait enterré 300 Palestiniens innocents dans des fosses communes ».

Depuis la Conférence de Madrid de 1991 à nos jours, Saeb Erekat avait suivi les différentes négociations de paix et connaissait parfaitement le dossier.

Contrairement aux sérieuses négociations avec les pays arabes tels l’Egypte, la Jordanie ou les Emirats arabes unis, les Palestiniens employaient souvent la démagogie, le mensonge et l’incrédibilité. Sans aucun scrupule, Erekat accusait systématiquement Israël par des propos absurdes, et jusqu’à la fin de ses jours il justifiait et encourageait la campagne du BDS.

Il présentait devant les instances internationales une très mauvaise image de l’Etat Juif en trompant systématiquement les médias. Pourtant, il fut le point de mire de nombreux journalistes.

Dans ce contexte, triste de constater qu’après sa mort, la presse foisonne encore des articles flatteurs sans mentionner aucune critique à son égard. Des dirigeants de la Gauche israélienne ainsi que plusieurs médias rendent à Erekat un hommage exceptionnel en le qualifiant de « grand patriote », « de diplomate chevronné et négociateur parfait » et « homme de paix ».

C’est vrai qu’Erekat souhaitait la négociation avec Israël et se « contentait » au départ d’un « mini Etat palestinien » avec Jérusalem-Est comme capitale.

Certes, il prétendait s’opposer au Hamas et aux actes terroristes, mais dans la même veine, il utilisait tel Yasser Arafat, l’art de la supercherie, la falsification et la manipulation pour aboutir au but final. Est-elle la bonne méthode pour obtenir des concessions israéliennes et un jour un Etat indépendant ? Comment ne pas éveiller quotidiennement notre forte méfiance ?

Suite à la mort d’Erekat et après la signature des Accords d’Abraham n’est-il pas le moment propice pour retourner à la table des négociations dans un climat de confiance et de respect mutuel ?

Cet article a été publié le 15 novembre sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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