Téhéran ou l’escalade annoncée
À force d’invoquer la diplomatie, on en oublie parfois de regarder les faits. Pendant que les négociations des « 5+1 » sur le nucléaire iranien se succédaient, l’Iran consolidait, sans relâche, un arc d’influence armé à travers le Proche-Orient.
Du Liban au Yémen, en passant par la Syrie, l’Irak et Gaza, ses relais ont été dotés d’arsenaux toujours plus sophistiqués. Dans le même temps, Téhéran perfectionnait ses missiles balistiques et accumulait de l’uranium enrichi, se rapprochant un peu plus de la perspective nucléaire. Les opérations clandestines attribuées à ses réseaux, parfois déjouées de justesse en Europe et en Amérique, ainsi que le lourd tribut payé par les forces américaines depuis les années 1980, complètent ce tableau.
Ce décalage entre discours diplomatique et réalité stratégique fragilise la crédibilité du droit international. Ni les sanctions ni les négociations n’ont infléchi de manière décisive la trajectoire du régime. Pire : le temps a semblé jouer pour lui.
Dès lors, une question s’impose : jusqu’à quand attendre ? L’armement de groupes comme le Hezbollah, désormais doté d’une puissance de feu considérable, n’est pas un phénomène marginal, mais le cœur d’une stratégie de dissuasion indirecte. Attendre, c’est accepter le risque d’une conflagration simultanée sur plusieurs fronts.
L’Iran a déjà montré sa capacité à perturber l’ordre mondial, notamment dans le détroit d’Ormuz. Demain, il pourrait aller plus loin. Face à cela, certains envisagent des frappes ciblées sur ses infrastructures énergétiques — une option limitée, mais lourde de conséquences. Car la riposte iranienne pourrait viser les ressources vitales de ses voisins, y compris leurs installations de dessalement, exposant des populations civiles.
Les appels répétés de « Mort à l’Amérique » dans les institutions officielles, les manifestations publiques et les écoles iraniennes peuvent justifier une intervention musclée. Toutefois, en évoquant la disparition d’une civilisation, le président Trump adopte une rhétorique qui n’est pas sans rappeler celle des courants les plus radicaux en Iran. Par ailleurs, présenter le conflit en cours comme une victoire du christianisme, comme l’a fait le ministre de la Défense américain, risque d’aliéner certains alliés musulmans. De telles déclarations soulèvent des interrogations quant à l’équilibre et à la portée du discours politique de la Maison-Blanche.
Nul ne sait ce qui se trame dans les coulisses des pourparlers irano-américains qui se tiennent au Pakistan durant la période de trêve de deux semaines. Devrait-on envisager la possibilité d’agissements proactifs de la Chine ? L’avenir peut encore réserver des surprises…
Reste l’inconnue intérieure. Une inflexion venue du cœur du pouvoir — des Gardiens de la Révolution ou de l’appareil militaire — pourrait encore modifier la donne. Mais en son absence, le choix se resserre quant aux options futures : s’assurer de la neutralisation des programmes nucléaires et balistiques iraniens, agir au risque de l’escalade, ou ne rien faire au risque de la subir plus durement à plus long terme.
