Tariq Ramadan se met au slam

On connaissait l’«islamologue», le «philosophe», l’auteur d’essais, l’organisateur de séminaires, voici que Tariq Ramadan s’improvise chanteur. Slameur, plus exactement, puisque son premier titre, «Qu’est-ce que vous croyez ?», dont il vient d’annoncer la sortie, se veut de la «poésie mise en musique».

Alors que le prédicateur, mis en examen pour viols sur cinq femmes en France et en Suisse, comparaissait il y a quinze jours encore devant le tribunal correctionnel de Rouen pour diffamation, il se lance dans une diatribe indigéniste dédiée à tous ceux «qui ont subi la colonisation à travers le monde».

Il commence fort, sur fond de musique lancinante : «Cela fait des siècles que vous volez et mentez. Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser. Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions, humilié nos mémoires, souillé nos traditions». Avant de reprendre en refrain: «Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que l’on va rester là assis à vous regarder ? Piller nos terres, nos richesses, nos minerais ? Vous laissez tranquillement écrire l’histoire et la coloniser?»

«Soit vous partagez, soit on se servira»

Suivent les menaces à peine voilées : «Soit vous partagez, soit on se servira !». «Des peuples traversent la misère, restent fiers et dignes, et, même, ils se multiplient. Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie, pontifie-t-il. Demain, dans vos rues, nous marcherons, libres et sereins. Demain, entendez, la fraternité et la diversité seront seules garantes de votre sécurité».

Ironique, voire cynique, Tariq Ramadan joue avec les antiphrases… et la théorie du «grand remplacement» : «Vous avez peur ? Vous allez perdre vos privilèges et votre identité ? La mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacés ? Dormez en paix, amis de l’égalité, nous ne sommes venus ni pour remplacer, ni pour voler. Au-delà des couleurs, des religions, nous sommes une bonne nouvelle, un vent de liberté».

Une petite musique qu’il avait déjà entonnée dans son livre Devoir de vérité*: «La France est encore prisonnière de ses aspirations impériales et de ses penchants dominateurs: elle n’a réglé ni la question du colonialisme, ni celle de la xénophobie et du racisme», assénait Ramadan dans un chapitre intitulé «Prisonnier politique ?». Énumérant des personnalités blanches accusées de viol, il s’interrogeait encore: «Comment se fait-il que je sois le seul en prison, un  »Arabe », bien sûr, un  »musulman », dont la plus grande faute est sans doute de gêner la classe politique et les intellectuels français ?».

à propos de l'auteur
Né à Oran et nostalgique de la plage, Jacques est à la retraite de la CSI/CNRS. Ex chercheur à la Cité des sciences, essayiste, documentariste, il est co auteur du film "décryptage" (2003) sur les représentations d'Israël et de l'essai "le nom de trop" (Armand Colin) sur la délégitimation d'Israël. Gauchophobique sur Israël et sur d'autres choses, Jacques est allergique à la bonne conscience
Comments