Tao et judaïsme

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Quel rapport entre judaïsme et Tao ?

Depuis quelques années je me suis mis au Tchi Kong (ou Qi Gong), une pratique physique (et spirituelle) dérivée du Taï Chi. Loin d’être un grand connaisseur de cette discipline, je peux simplement dire que « ça fait du bien ». On fait des mouvements lents et on essaie d’être attentifs à sa respiration. Le professeur nous aide à nous concentrer sur la circulation de l’air dans notre corps.

On prend conscience de nos postures debout, assis, couché ; on recherche constamment l’équilibre. L’instructeur nous guide dans la découverte de nos organes grâce à l’attention sur le souffle puis l’attention indépendante de la circulation de l’air dans notre corps. Il nous aide à ressentir le tchi (ou Qi), cette énergie indéfinissable.

Lorsque des élèves lui posent des questions sur la nature de cette énergie il leur répond que « peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris ».

Autrement dit, il ne faut pas chercher à définir ce qu’est le tchi mais l’observer, le canaliser et l’orienter pour harmoniser en nous les forces yin et yang, féminines et masculines. Lorsqu’un des pratiquants insiste pour savoir ce qu’est le tchi il lui répond que c’est « le schtroumf »… On finit alors par comprendre que la théorie intellectuelle sur le tchi n’est pas sa priorité…

Souvent notre instructeur (ou maître) fait des liens entre les centres d’énergie de notre corps selon la vision chinoise (les trois dan tien) avec les chakras de la vision hindoue. J’ai ainsi pu constater avec étonnement que ces conceptions « physico-spirituelles » de l’Extrême-Orient coïncidaient avec la vision de la Kabbala.

Les sephirot correspondent elles aussi à des points particuliers du corps et l’un des noms de l’âme en hébreu est neshama, un mot qui signifie aussi souffle et est très proche du mot neshima qui signifie respiration. Dans ce tout petit article sur le Tao et le judaïsme je n’ai pas l’intention de rentrer dans les détails de toutes les similitudes entre la spiritualité hébraïque et les spiritualités chinoise et indienne, je voudrais seulement indiquer des pistes de réflexion.

Il y a plusieurs domaines de similitudes. Tout d’abord la spiritualité hébraïque est comme celles de l’Inde et de la Chine, connectée au corps et à la terre. Ensuite, le féminin et le masculin, le yin et le yang sont des concepts essentiels. Enfin la conception du divin que l’on ne peut ni nommer ni définir est très agréable pour un esprit occidental fatigué par des théologies qui dissèquent le divin comme s’il s’agissait de quelque chose ou quelqu’un qui serait « rationnalisable », comme si on pouvait faire rentrer le divin dans notre cerveau !

J’aime le côté insaisissable du divin en Orient, il échappe aux mots. Son unité fait l’unanimité, en Inde comme en Chine. Dans la spiritualité hindoue, malgré les millions de divinités, chacun sait qu’il y a une unité au-delà de la diversité. Dans la conception chinoise, le Tao est le principe unique à l’origine de tout ce qui existe. Il est tellement inaccessible que ce qui lui ressemble le plus est le néant.

On pourrait dire que le Tchi Kong est une sorte de méditation en mouvement. Il en existe une variante où les postures sont immobiles (incluse dans le Tchi Kong) qui s’appelle le Nei Gong. On est alors proche des techniques de méditation du yoga. Un rabbin américain a beaucoup approfondi cela et montré que les prophètes de la Torah utilisaient ces techniques de méditation.

Dans son livre « Méditation juive » (édition MJR, 1995) Aryeh Kaplan propose un guide pratique et nous familiarise avec cet univers spirituel que l’on croyait étranger au monde de la Bible. Pour les francophones, Mira Neshama propose de nous faire entrer dans la méditation juive grâce à des cours sur internet (et en direct sur place pour ceux qui habitent à Jérusalem).

Ce qui est intéressant pour moi c’est de constater que, grâce au judaïsme, je peux discuter avec un taoïste et lui parler de « l’énergie du tchi » que l’on peut ressentir au Kotel alors que lui me raconte ce qu’il a ressenti auprès des sources d’eau en Islande. Lui me parle de chakras et de dan tien et moi je traduis en sephirot… Nous parvenons à un langage spirituel commun !

Cela me fascine de constater que les humains de tous les côtés de la planète balbutient le même langage. Il existe un langage spirituel universel et (comme par hasard…) c’est l’hébreu qui pourrait servir de langue fédératrice. Dans ce petit pays asiatique qui s’appelle Israël, toutes les spiritualités de la planète peuvent se retrouver et échanger pour créer une langue spirituelle (au-delà des religions) universelle.

Allons encore un peu plus loin, avec un peu d’humour tellement le sujet est sérieux… J’aime échanger sur tous ces sujets avec un ami scientifique qui m’a parlé de physiciens qui essaient de fabriquer des machines à « capter l’énergie divine ». Je n’ai rien compris à ce qu’il m’expliquait mais je lui ai dit qu’il existait un livre où étaient exposés les plans précis pour fabriquer « une machine à capter le tchi ».

Je lui ai expliqué que cet appareil avait existé pendant quelques temps (entre le Xème siècle avant notre ère et l’an -586) et que l’on pourrait la reconstruire uniquement à l’endroit où l’énergie du tchi était la plus forte sur terre, à Jérusalem.

Il a été enthousiasmé par ce que je lui racontais… Nous sommes tombés d’accord que pour reconstruire cette machine à capter le tchi au bénéfice de toute l’humanité il faudrait que tous les hommes en ressentent le besoin et comprennent que seul le peuple hébreu a les compétences nécessaires pour la fabriquer.

Bref, le Tao et le judaïsme ont un beau chemin à faire ensemble pour collaborer à la venue du Messie qui pourrait se traduire par l’entrée dans une ère de paix et d’harmonie. Ces perspectives  peuvent nous rendre optimistes même s’il y a encore du boulot…

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme, d'Israël et de Tao, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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