Souveraineté limitée

Le président Donald Trump (au centre) rencontrant l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani (à gauche), et le Premier ministre qatari et ministre des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim al-Thani, à bord de l'Air Force One, sur la base aérienne d'al-Udeid, à Doha, au Qatar, le 25 octobre 2025. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)
Le président Donald Trump (au centre) rencontrant l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani (à gauche), et le Premier ministre qatari et ministre des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim al-Thani, à bord de l'Air Force One, sur la base aérienne d'al-Udeid, à Doha, au Qatar, le 25 octobre 2025. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)

On sait que Benjamin Netanyahu entretient avec la vérité des relations évoluant au gré de ses intérêts politiques. En dépit de ses talents de communicant, personne ne le croit lorsqu’il déclare :

Israël est un État souverain. Les États-Unis sont, eux aussi, un État souverain. Notre relation est un partenariat.

C’était vrai lorsqu’Israël était la seule puissance régionale alliée des États-Unis. Désormais, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe entretiennent des rapports étroits avec l’administration Trump qui leur vend des armes et encourage leurs investissements sur le sol américain.

Donald Trump, soucieux de la place qu’il laissera dans l’Histoire, voudrait bien réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué : faire la paix au Proche-Orient. Il le dit à qui veut l’entendre, et souligne qu’il suit les choses de près. Une fois n’est pas coutume, on peut le croire sur parole. Il a réussi à imposer à Benjamin Netanyahu un accord de cessez-le-feu à Gaza et un plan en 20 points qui va à l’encontre des objectifs de la coalition au pouvoir à Jérusalem.

La bande sera dirigée par une force internationale où les Palestiniens auront leur place. La population gazaouie ne sera pas expulsée et l’extrême-droite israélienne ne pourra pas y (ré)implanter des colonies. Débordant le cadre de cet accord, le président américain a affirmé avec force que la Cisjordanie ne sera pas annexée au territoire israélien.

Le gouvernement américain agit aussi sur le terrain. À Kyriat Gat, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tel-Aviv, les États-Unis ont implanté une base militaire en un temps record. Le Civil Military Coordination Center (CMCC) supervise les opérations liées au cessez-le-feu à Gaza, à l’aide humanitaire et à la mise en œuvre du plan Trump. En sus de militaires américains, la base accueille des forces issues d’autres pays : Israël, Royaume-Uni, Allemagne, Jordanie, Danemark, France, Espagne… Que le gouvernement israélien le veuille ou non, il n’est désormais plus le seul à décider.

L’administration américaine s’efforce de conserver les apparences et, dans sa grande bonté, est même prête à faire des concessions. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a indiqué que la participation de la Turquie et de l’Autorité palestinienne à la future Force internationale de stabilisation à Gaza n’était pas encore décidée, soulignant qu’Israël devait pouvoir « être à l’aise  » avec les pays prêts à envoyer des troupes sur le terrain.

Il n’empêche. La situation de dépendance de l’État juif vis-à-vis des États-Unis n’a jamais été aussi évidente. Un peu comme dans l’Europe de l’Est avant la chute du mur de Berlin. Le Kremlin avait inventé la doctrine de la « souveraineté limitée » pour définir ses rapports avec les autres pays communistes. L’Histoire est parfois pleine de surprises, mais on ne s’attendait pas à voir Donald Trump reprendre à son compte une stratégie mise au point par Léonid Brejnev.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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