Souriez, vous êtes filmés !

Vieille ville de Jérusalem / C.C 4.0
Vieille ville de Jérusalem / C.C 4.0

Le gouvernement a adopté le 8 septembre un projet de loi autorisant l’installation de caméras de contrôle dans les bureaux de vote.

A l’heure où ces lignes sont écrites, tout indique que la Knesset, convoquée en urgence pour le lendemain, ne votera pas ce texte. Le Conseiller juridique du gouvernement, Avichaï Mandelblit, et le président de la Commission centrale des élections, Hanan Melcer, sont opposés à ce projet.

Sans être hostiles au principe, ces professionnels du droit considèrent que des mesures décidées dans l’urgence et applicables dès les élections du 17 septembre pourraient conduire au « chaos ». Pourquoi donc une telle insistance de la part de Binyamin Netanyahou ?

Selon lui, des fraudes observées lors du dernier scrutin le 9 avril auraient faussé les résultats, permettant au parti arabe extrémiste Balad de franchir le seuil d’éligibilité.

En fait, une enquête approfondie a montré que dans deux bureaux, des fraudes avérées avaient profité au Likoud et à Shas. Il est certain que dans des bureaux de vote de localités arabes et de quartiers ultra-orthodoxes, l’absence fréquente de surveillance par d’autres partis facilite la fraude.

L’organisation clanique des populations concernées favorise aussi la manipulation des listes électorales et le vote de faux électeurs. Mais le phénomène reste limité et pourrait être maîtrisé avec l’envoi de scrutateurs en nombre suffisant. L’installation de caméras par les services de l’Etat pourrait aussi être généralisée sous le contrôle de la Commission centrale des élections.

Mais le projet de loi retenu par le gouvernement avait une tout autre visée. Les représentants du Likoud filmeront avec leur téléphone portable les opérations électorales dans des bureaux susceptibles de jeter la suspicion sur le seul électorat arabe. L’électorat ultra-orthodoxe ne fera pas l’objet d’un tel zèle.

Binyamin ne cesse de le marteler : « On veut [nous] voler l’élection ». Le « on » désigne bien entendu ces mêmes électeurs arabes qui, dans une vidéo mémorable en 2015, étaient censés « affluer en masse aux urnes dans des autobus mis à disposition par des organisations de gauche ».

La manœuvre avait poussé des électeurs de droite à venir voter à la dernière minute. Il s’agit d’obtenir le même effet le 17 septembre : avec ou sans loi, ce sont les électeurs du Likoud qui, alertés par un danger imaginaire de fraudes massives, devraient se rendre « en masse » dans les bureaux de vote.

Plus encore, si Binyamin Netanyahou enregistrait un résultat négatif, le Premier ministre espère pouvoir durer encore un peu en mettant en cause la sincérité du scrutin. Voilà qui en dit long sur ses craintes. Les situations d’échec sont toujours mauvaises conseillères.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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