Soleil amer, l’ascension de Lilia Hassaine

Lilia Hassaine (Crédit : Gallimard)
Lilia Hassaine (Crédit : Gallimard)

Lilia Hassaine est journaliste et romancière. Après l’Oeil du paon, elle publie Soleil amer, en 2021.

Pourriez-vous nous rappeler comment nait Soleil amer, ce deuxième roman, publié après une année de confinement ?

Lilia Hassaine : Soleil Amer est né d’une histoire que ma mère m’avait racontée, une histoire tellement incroyable qu’elle ne m’a pas quittée depuis des années.

Le point de départ, l’histoire de jumeaux séparés à la naissance, est donc tiré de faits réels. Elle m’a permis de raconter la vie d’une famille, à travers l’enfance et l’adolescence de ces deux frères, tout en balayant trente ans d’histoire de France.

Des années 60 – l’âge d’or des cités HLM – où se mélangeaient familles françaises, arabes, familles juives, pieds-noirs, familles issues des immigrations portugaises, espagnoles… au délitement progressif de l’urbanisme, et le départ des classes moyennes vers les banlieues pavillonnaires…

J’avais envie de raconter des histoires individuelles, familiales, donc sentimentales, de comprendre l’origine des difficultés qu’on connaît aujourd’hui.

Comment expliquer cette impossibilité à la fois de la France et de l’Algérie de faire le deuil de cette époque ?

Lilia Hassaine : Sans doute parce que cette histoire est trop récente… Le nombre de personnes, en France, ayant un lien avec l’Algérie, est estimé à 8 millions, entre les pieds-noirs, les coopérants, les immigrés, enfants d’immigrés, c’est une histoire qui nous touche tous.

Je crois aussi que le travail mémoriel est encore trop timide, d’un côté comme de l’autre. En France, les archives liées à la guerre d’Algérie ne sont toujours pas déclassifiées, même si Emmanuel Macron a décidé d’en faciliter l’accès très récemment.

Votre roman évoque les usines de Billancourt où Jean-Paul Sartre fit son célèbre discours. Existe-t-il aussi un problème philosophique plus profond qui empêche de faire ce deuil ?

Lilia Hassaine : Dans le roman, le personnage de Saïd a été recruté pour travailler en France. C’est une situation qui se produisait. Il arrivait que les recruteurs des usines aillent chercher de la main d’oeuvre en Algérie ou au Maroc, des jeunes hommes costauds, qu’on pouvait faire travailler à des postes difficiles.

Ces hommes-là étaient coupés de leur famille pendant des mois, entassés dans des foyers pour travailleurs immigrés. Certains ont sombré dans l’alcool. Plus tard, on a fait venir les familles pour « encadrer » ces hommes à la dérive.

Les familles se sont installées dans les HLM… où elles ont porté leurs espoirs. Les enfants ont grandi, et dans les années 80, au moment de chercher du travail… il n’y en avait plus pour eux. On a alors expliqué aux immigrés qu’ils pouvaient rentrer « chez eux » – c’était la fameuse aide au retour de 10 000 Francs. Chez eux, ce n’était donc pas la France, c’est ce qu’on leur a fait sentir.

Lilia Hassaine

Pour moi le problème est donc moins philosophique que politique.

Comment expliquer la focalisation et le surgissement des tensions communautaires, alors que la France connaÎt de nombreux revers stratégiques et militaires à l’international ?

Lilia Hassaine : En France, nombre d’hommes politiques aiment jouer sur les peurs… Le problème c’est que, faisant cela, ils aggravent les tensions communautaires, au lieu de les apaiser.

On n’essaie plus tellement de comprendre l’autre, on se sépare. Et le langage souvent violent de la classe politique, n’aide pas à rassembler. C’est sans doute une manière pour eux de se créer des clientèles électorales…

La réception de votre livre a été très positive. Quel est le prochain et quand sortira-t-il ?

Lilia Hassaine : J’ai plusieurs idées pour mon prochain roman. J’aime me laisser surprendre, et surprendre… donc il sera sans doute très différent de celui-ci !

à propos de l'auteur
Alexandre Gilbert, directeur de la galerie Chappe écrit pour le Times of Israël, et LIRE Magazine Littéraire.
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