Silence sur les otages, tonnerre sur Israël

Mia Schem sur le tapis rouge lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, l 24 mai 2025. (Capture d'écran : X)
Mia Schem sur le tapis rouge lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, l 24 mai 2025. (Capture d'écran : X)

Un témoignage glaçant

Lors d’une rencontre officielle à Paris entre le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et une délégation de 20 familles d’otages israéliens, Agam Berger, ex-otage du Hamas, a déclaré avec une lucidité implacable :

Si nous pouvions éviter la guerre, nous le ferions. Mais c’est une guerre pour notre existence. Ils ne veulent pas la paix. Les solutions diplomatiques ne fonctionneront pas : c’est eux ou nous.

La manipulation des mots…

Autrefois, les terroristes criaient « Allah Akbar » avant de commettre des meurtres contre des Chrétiens et des Juifs. Aujourd’hui, ils ont trouvé une autre formule plus médiatique : « Free Palestine ».

Un slogan devenu arme politique. Il est plus confortable, plus présentable, plus consensuel. Et cela offre à une certaine gauche radicale un prétexte idéologique pour justifier l’injustifiable, quitte à contourner la vérité.

Jusqu’à quand allons-nous avoir peur de dire les choses ? Que de plus en plus de responsables politiques reprennent les éléments de communication du Hamas sans vérification. Quelle dangereuse attitude.

Pourquoi ne rappelle-t-on pas que :

  • selon les agences humanitaires, il reste de la nourriture à Gaza pour environ un mois ;
  • il n’y a pas, à ce jour, de famine généralisée, malgré les discours anxiogènes répétés ;
  • un calcul du PAM (Programme alimentaire mondial) concernant la quantité d’aide actuellement en attente à la frontière de Gaza et sa durée de subsistance pour la population gazaouie semble indiquer que les denrées alimentaires entrées à Gaza entre le 19 janvier et le 2 mars devraient suffire pour répondre aux besoins de la population jusqu’à la mi-juillet ;
  • si certaines parties de Gaza ne reçoivent pas assez de vivre, c’est à cause du Hamas qui les détourne à leurs profits ?

Qui en parle ?

… Et les mots qui tuent

Pourquoi ne dit-on pas non plus, à certaines consciences bien-pensantes, que :

  • chaque mot a une importance cruciale;
  • galvauder des termes comme génocide, solution finale, extermination – des vocables qui portent la mémoire de notre histoire collective -, c’est non seulement falsifier la réalité, mais aussi créer un climat de haine et de suspicion qui, tôt ou tard, mène au passage à l’acte ?

Comme pour ce jeune couple juif, assassiné à Washington il y a quelques jours, alors qu’il s’apprêtait à se marier. Les mots tuent, parfois plus sûrement que les armes.

Yaron Lischinsky, à droite, et sa compagne Sarah Milgrim, tous deux employés de l’ambassade d’Israël aux États-Unis, tués lors de l’attentat terroriste antisémite à Washington, DC, le 21 mai 2025, sur une photo non datée. (Ambassade d’Israël à Washington)

Le « deux poids, deux mesures »

Oui, la guerre est toujours terrible. Les images de Gaza sont insoutenables. Mais pourquoi cette indignation est-elle à ce point sélective ? Où sont les caméras lorsqu’il s’agit du Yémen, de l’Ukraine, ou d’autres conflits bien plus meurtriers ? Pourquoi ces militants et leurs partis politiques français n’organisent-ils pas des manifestations pour une autre cause ? Vendredi dernier, l’essayiste Rachel Khan a dénoncé en larmes :

C’est inadmissible d’avoir des responsables politiques porte-paroles de la barbarie du Hamas.

L’aveuglement des élites

En 1938 et 1939, les dirigeants français et britanniques ont voulu croire qu’on pouvait apaiser la haine par des concessions. On sait ce qu’il en est advenu.

Aujourd’hui, j’ai la sensation que l’histoire bégaie, que certains dirigeants occidentaux, égarés par la propagande redoutablement efficace du Hamas, oublient d’où vient réellement le danger. Ils multiplient les compromis avec ceux qui ne veulent pas la paix, mais qui souhaitent la disparition d’Israël.

Et que dire de certaines célébrités qui se cherchent une conscience (ou un public) ? Catherine Deneuve, Juliette Binoche… D’ailleurs auraient-elles signé des textes à charge contre Israël si des figures de notabilité médiatique – comme Anne Sinclair, Delphine Horvilleur, Joann Sfar ou d’autres personnalités respectables – ne leur avaient offert une caution morale et un cadre idéologique prêt à l’emploi ? Rien n’est moins sûr.

Le silence autour des otages

La guerre pourrait s’arrêter demain.

Il suffirait que le Hamas libère les 58 otages encore détenus à Gaza – dont environ 20 seraient encore en vie – et qu’il dépose les armes. Voilà la réalité. Et pourtant, ce message simple est presque inaudible dans les débats médiatiques et culturels.

Pourquoi n’a-t-on parlé des otages, ni au Festival de Cannes, ni dans d’autres manifestations culturelles ? Pourquoi ce silence ?

Pourquoi ne dit-on pas non plus que leur sort pourrait être, au minimum, soulagé, si on leur faisait parvenir quelques médicaments, un peu de nourriture, un signe de vie ; ce minimum d’humanité que l’on doit aux otages depuis le 7 octobre 2023 ?

Mia Shem, ex-otage franco-israélienne du Hamas, a voulu porter un simple symbole de solidarité sur le tapis rouge de Cannes : un ruban jaune. Elle a confié à la chaîne N12 :

La direction du festival m’a privé du ruban que je devais porter. J’ai refusé de l’abandonner. J’ai pris le ruban jaune d’un des membres de la délégation et je l’ai mis sur ma robe.

Ce geste, modeste mais puissant, en dit long sur l’indifférence ambiante.

On ne le répètera jamais assez : jusqu’à présent, il n’y a eu aucun « Juste » (comme pendant la Seconde Guerre mondiale) – ni organisation, ni individu – capable d’aider les otages, de négocier leur libération. Jusqu’à présent personne n’a simplement cherché à les localiser pour permettre leur retour. Où sont les voix qui s’indignent d’habitude, les ONG, les diplomates de l’ombre ?

La menace quotidienne en Israël

Et pendant que certains réclament un cessez-le-feu unilatéral, pourquoi ne dit-on pas qu’en Israël, chaque jour et chaque nuit :

  • des alertes retentissent à cause de tirs de roquettes et de missiles ;
  • des millions de civils, y compris des enfants, n’ont que quelques secondes pour courir s’abriter ;
  • cette terreur quotidienne est devenue une routine intolérable ?

Une guerre pour la survie

Pourquoi refuse-t-on de dire qu’en dehors d’une minorité d’extrême gauche israélienne, aucun gouvernement ne peut gouverner sans restaurer la sécurité d’Israël, et que cette guerre, tragique mais nécessaire, ne pourra s’arrêter tant que le Hamas menacera son existence ?

En 1944, les Alliés ne se sont pas arrêtés après le Débarquement. Ils ont atteint le bunker de Hitler à Berlin le 2 mai 1945 et la fin des combats a eu lieu le 8 mai 1945.

Et pourquoi passe-t-on sous silence que Tsahal renonce parfois à des opérations quand trop de civils sont sur zone, justement pour éviter des pertes humaines ?

À quand la prochaine alerte ?

Nous ne cessons de le répéter : au-delà de la guerre à Gaza, c’est notre civilisation, notre République qui est en péril par ces non-dits et contournements de la vérité ; en France, comme partout dans le monde.

Et comme toujours, la menace commence à peser sur la communauté juive… Puis s’étend à toutes celles et ceux qui tiennent encore à nos valeurs républicaines.

Certains ont déjà oublié : le Bataclan, les professeurs assassinés, le prêtre égorgé à Rouen…

À quand notre prochaine tribune ou interview, pour – malheureusement encore – devoir lever la voix, dénoncer un acte ignoble, ici ou ailleurs, contre des membres de la communauté juive, en France ou dans le monde ?

Jusqu’à quand devrons-nous rappeler l’évidence, seuls ou presque ? Jusqu’à quand le silence complice ?

Souvenez-vous : celles et ceux qui dénoncent cette réalité aujourd’hui sont – et resteront – du bon côté de l’Histoire.

à propos de l'auteur
Sandra Ifrah est une militante engagée pour la paix, porte-parole du collectif Women United for Peace et ambassadrice de l’association France-Israël, où elle œuvre au rapprochement des sociétés civiles. Très active en France, elle se mobilise particulièrement sur les questions de l’antisémitisme, du sort des otages et de l’image d’Israël. Elle écrit également de nombreuses tribunes et articles pour sensibiliser et faire entendre ces enjeux.
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