Si vis pacem, para bellum

Certains se souviennent peut-être du rapport du colonel Walter E. Kurtz joué par Marlon Brando dans le film Apocalypse Now : « bomb them all ».

La bombe atomique ne fut utilisée que deux fois dans l’histoire de l’humanité, à Hiroshima et Nagasaki et, si le Japon n’avait pas capitulé, une troisième était prévue sur Tokyo…

Pourquoi cette comparaison hasardeuse ?

Tout simplement parce que l’offensive conjointe des USA et d’Israël sur l’Iran est uniquement aérienne et que rien ne saurait laisser supposer que cette dernière arrive à faire basculer le cours d’une guerre pour le moins incertaine.

On dénombre une armée de 150.000 à 200.000 personnes composant les Pasdaran, plus connus en Occident sous le nom de « Gardiens de la révolution« . Ces derniers détiennent un empire propriétaire de 40 à 60% des entreprises du pays…

Autrement dit, l’élimination de leur chef suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ne saurait remettre en cause la main mise d’une catégorie de la population, certes très minoritaire, mais, détentrice du pouvoir et prête à tout pour le conserver.

Evidemment, l’utilisation d’une arme aussi extrême que celle évoquée au début de cet article ne saurait être envisagée. Mais, il n’en reste pas moins que cette offensive conjointe ne pourra renverser le régime en place tant que cette dernière se cantonnera à des frappes aériennes aussi spectaculaires soient-elles.

Il est malheureusement évident que, pour Trump et Netanyahou, le destin du peuple iranien n’est qu’une donnée secondaire. Seul compte l’intérêt de leur deux nations face à un ennemi jusqu’au-boutiste, prêt à tout pour déstabiliser une région qui peut à tout moment s’enflammer tel un baril de poudre.

Les appels à la révolte du président américain sont, à juste titre, restés lettre morte après la brève flambée de février 2026 réprimée dans le sang.

Loin du Venezuela où, faire tomber un homme a suffi à changer le régime, la problématique iranienne s’avère bien plus complexe du fait d’une caste dirigeante prête à tout pour conserver sa domination.

Même si une attaque aérienne de grande ampleur est en mesure d’affaiblir le régime actuel, elle ne saurait renverser la table.

Une intervention massive au sol n’est pas envisagée, ne serait qu’en raison de la loi de 1973 qui imposerait l’accord du Sénat pour une opération dépassant les 60 jours, mais, également pour des raisons inhérentes aux pertes potentielles, à la difficulté qu’il y aurait à organiser le remplacement du régime en place et au risque d’éclatement du pays.

Un soutien limité à des opérations spécifiques n’est cependant pas exclu, impliquant notamment la 82eme division aéroportée  basée à Fort Bragg. Mais cela ne saurait être possible qu’en lien avec un soulèvement de la population, option peu probable lorsque l’on constate la brutalité de la répression mise en place. Il semblerait que l’option privilégiée par l’état hébreu et les USA serait de favoriser une prise de pouvoir « par la bande » en privilégiant l’hypothèse Kurde, alliés potentiels de ces deux nations.

Peu désireux de réitérer l’erreur irakienne, le but premier du président américain n’est pas tant de renverser le régime iranien que de l’infléchir afin d’éradiquer la menace qu’il représente.

L’opération engagée par Israël depuis le le 7 octobre 2023 avait déjà posé les bases d’un remodelage de la situation au Moyen-Orient. La guerre actuelle garantit le soutien des états sunnites à la coalition en place, mais, le risque pour le président américain de se retrouver engagé dans un bourbier inextricable, le risque d’éclatement de l’ancien empire Perse, la disparition potentielle du danger chiite et le remplacement de la caste dirigeante par des vassaux d’Israël et des USA pourraient constituer des retombées négatives à cette opération.

Alors que l’Europe réfléchit sans frapper, Trump lui frappe sans réfléchir. On n’en voudra pour preuve qu’il est obligé de demander l’aide de l’Ukraine pour faire face aux drones Shahed. Face à l’impuissance de nos démocraties et à l’absence totale de stratégie du président américain, soutenu sans réserve par le gouvernement de l’état hébreu, qui n’y voit que ses intérêts à court terme, il n’en reste pas moins que l’étincelle allumée dans cette partie du monde, poudrière en puissance, sans stratégie mûrement réfléchie guidée par une connaissance approfondie de la géopolitique locale, met gravement en péril un équilibre plus qu’incertain.

Si l’attitude des dirigeants iraniens ne peut que susciter une opprobre légitime, si l’idée même que des dirigeants extrémistes, prêts à tout, puissent disposer de l’arme nucléaire fait froid dans le dos, il n’en reste pas moins vrai que l’intervention d’une force militaire brute sans que cette dernière ne soit accompagnée par une vision d’un futur qui garantirait un minimum de stabilité dans cette région du monde n’a rien de rassurant.

Si l’Iran nie de façon catégorique le droit à l’existence d’Israël, droit pourtant fondamental, il n’en reste pas moins vrai que l’attaque actuelle, marquée par la divergence des deux alliés, risque de nous faire payer un prix qui ira bien au-delà de celui de l’essence. Commencer une guerre est une chose, savoir la terminer en est une autre…

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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