Shoah-six millions ? Nouveau film provocant d’un réalisateur irresponsable

Salle des noms dans le site commémoratif de l'Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem, Israël © Stocklib / Alexandre Rotenberg
Salle des noms dans le site commémoratif de l'Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem, Israël © Stocklib / Alexandre Rotenberg

Des nouveaux historiens et chercheurs en Israël et en diaspora ont le don de briser des mythes, des symboles nationaux, et des tabous. Certains tentent de disqualifier les arguments historiques de leurs ainés en contestant leurs ouvrages, et d’autres ignorent complètement l’importance de la mémoire collective et le combat pour l’unité de la nation.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la renaissance d’Israël les nouveaux historiens et chercheurs provoquent et sèment le trouble sur deux sujets majeurs : la Shoah et le problème palestinien.

Ils diffusent leurs enquêtes à l’étranger en obtenant d’avance la sympathie de nos détracteurs. Ils se moquent éperdument des réactions et des conséquences sur le mal et les dégâts qu’ils commettent en refusant toute responsabilité. Satisfaits de pouvoir provoquer librement, impunément, ils refusent obstinément de souscrire à l’opinion majoritaire des Israéliens et sont convaincus que seule leur propre version des faits historiques est toujours la plus crédible.

Ces jours-ci, un film documentaire provoque un tollé général. Il s’interroge sur la véracité du nombre des victimes de la Shoah. Le réalisateur israélien, David Fisher, fils de rescapés, avait déjà réalisé un film témoignage sur sa famille et la Shoah « Six millions et un ». Il a été diffusé le 27 septembre 2016 sur Arte.

Son nouveau film diffusé le 16 janvier 2022 sur une chaine israélienne, va plus loin. Il ose poser aux experts des questions sans ménagement, crûment : « Comment avez-vous calculé les morts de la barbarie nazie » ? « Pourquoi afficher un chiffre rond : 6 millions » ? « Est-il vraiment exact » ? « Qui était la première victime juive » ? « La dernière » ? Etc…

Cela dépasse l’entendement. Parler ainsi de la Shoah, banaliser l’usine de la barbarie, c’est souffrir à nouveau et remuer le fer dans la plaie ouverte.

L’Etat juif consacre des journées commémoratives sur la Shoah, des instituts ont été fondés, comme celui de Yad Vashem ; il a honoré les victimes en offrant, un « Mémorial et un Nom », une sépulture morale et universelle aux 6 millions de Juifs disparus sans tombe ni stèle.

Les historiens et les rescapés des camps de la mort, ont évité de soulever le sujet du nombre des victimes. On ne parlait pas de ce thème tabou. On évoquait le fait que 6 millions du peuple juif ont été assassinés, sans commentaires.

La Shoah n’est pas représentée par un chiffre, des numéros, et des statistiques mais par l’ampleur de l’hécatombe, de l’horreur du génocide.

Sa singularité se distingue non seulement par la dimension quantitative du massacre mais aussi dans la désignation des victimes. Il a été commis par les nazis pour la simple raison qu’ils furent nés Juifs.

Un nouveau recensement, un bilan arithmétique froid, ne changera en rien les pages de l’Histoire ni l’émotion, le chagrin, et la solidarité avec les rescapés des camps.

Soulignons qu’au départ, les survivants ne souhaitaient pas s’extérioriser. Ils cachaient chaque signe ostentatoire. Les matricules tatoués sur leurs bras étaient couverts d’une manche longue, même en été, dans la chaleur accablante, personne ne portait de chemisette.

Bien entendu, chaque vie humaine représente un monde entier mais tous les bilans sur la Shoah ne sont que des estimations. Le chiffre 6 millions est ancré dans notre mémoire collective. Il a été évoqué par les nazis eux-mêmes lors du procès Nuremberg, puis à Jérusalem au procès d’Adolf Eichmann, « le cerveau » de la solution finale.

Ce bilan se base sur diverses sources mais ne prend pas en considération les pogroms, les assassinats isolés, et les nombreux cas méconnus durant toute la guerre, ainsi que tous les juifs tués dans les différents territoires occupés par les nazis.

Le partage de Yalta par les Grandes puissances n’a pas non plus facilité cette douloureuse tache. Enfin, il était difficile de préciser qui était « cent pour cent » Juif. Avant la Shoah, une partie était « partiellement » Juif en raison de l’assimilation et la conversion au christianisme. Notons, que l’âge moyen des Juifs de l’Europe de l’Est était relativement jeune et le nombre d’enfants assassinés a été très lourd. Un chiffre effroyable d’un million et demi d’enfants innocents.

L’importance n’est pas d’établir un bilan arithmétique mais de constater l’ampleur inimaginable de la Shoah et l’anéantissement systématique des communautés juives installées en Europe depuis la destruction par les Romains du Deuxième Temple, en l’an 70 de notre ère.

Dans ce contexte, chaque discours, ouvrage ou recherche mettant en doute le nombre des victimes durant la Shoah alimente les négationnistes et propage l’antisémitisme.

Les négationnistes dénoncent « l’imposture du génocide juif ». L’existence des chambres à gaz, à Auschwitz-Birkenau, à Sobibor ou Treblinka n’ont pas existé et donc selon cette logique monstrueuse, les 6 millions de victimes juives sont une invention du judaïsme et du sionisme pour accélérer la création de l’État juif en Palestine et pour obtenir des indemnités, une compensation en « argent liquide ».

Une fois encore, le « complot juif » se manifeste. La « juiverie mondiale » relève la tête.

Des Français, de droite comme de gauche, Paul Rassinier, Maurice Bardèche, Robert Faurisson et Roger Garaudy (converti à l’islam) prétendent avec des « historiens » en Allemagne et en Autriche que la « Solution Finale » n’a jamais atteint les 6 millions de victimes juifs, et qu’au minimum il y eu 500 000 et au maximum, un million et demi de personnes tuées dans le cadre de la guerre.

Jean Marie le Pen qualifie la Shoah : « un détail de la Deuxième Guerre mondiale ». Les Ayatollahs iraniens nient l’existence même de la Shoah et organisent des conférences internationales avec la participation d’intellectuels européens. Pour eux : « Les sionistes sont malhonnêtes. Leur judéité est un grand mensonge. Ils n’ont aucune religion. Ils sont une poignée d’individus menteurs, avides de pouvoir. Grâce à leur contrôle des régimes, des centres financiers et des agences d’information et de propagande, aux Etats-Unis et en Europe, ils croient diriger le monde… » Les Ayatollahs iraniens appellent, à plusieurs reprises, à la destruction de l’Etat juif par l’arme nucléaire… Une incitation claire et nette au génocide qui n’a pas été sanctionnée, à ce jour, par les membres des Nations-Unies.

Un nouveau film provocant sur la Shoah est irresponsable de la part de son réalisateur, contre-productive sur tous les plans, même si les intentions sont vraiment sincères comme on le prétend.

Le mal est déjà fait, sa diffusion causera des dégâts irréversibles au moment où la communauté internationale commémore ces jours-ci la libération des camps de la mort.

Voir l’ouvrage de Freddy Eytan « La Shoah expliquée aux jeunes » paru en 2010 aux Editions Alphée.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
Comments