Shabbat Hol Hamoed Soukkot, la puissance de l’éphémère

© Stocklib / varunalight
© Stocklib / varunalight

Dans le désert, durant quarante ans[1], les Hébreux jouissent de la manne, du pain céleste. Ce pain providentiel récolté quotidiennement exprime l’amour de l’Eternel pour son peuple Israël et sa protection. Toutefois, cette manne cesse de tomber du ciel dès lors qu’Israël, sous la conduite de Josué, pénètre en Erets Israël (Josué 5 : 12). Dorénavant, le pain sortira de la terre suite à un dur labeur. Les fils d’Israël, comme les nations païennes environnantes, vont devoir, désormais, être dépendants des forces de la nature :

 

כב וְחַג שָׁבֻעֹת תַּעֲשֶׂה לְךָ בִּכּוּרֵי קְצִיר חִטִּים וְחַג הָאָסִיף תְּקוּפַת הַשָּׁנָה. (שמות לד: כב). ש

22 Et tu auras aussi une fête des Semaines, pour les prémices de la récolte du froment ; puis la fête de la récolte, au renouvellement de l’année. (Exode 34 : 22).

 

טז וְחַג הַקָּצִיר בִּכּוּרֵי מַעֲשֶׂיךָ אֲשֶׁר תִּזְרַע בַּשָּׂדֶה וְחַג הָאָסִף בְּצֵאת הַשָּׁנָה בְּאָסְפְּךָ אֶת-מַעֲשֶׂיךָ מִן-הַשָּׂדֶה. (שמות כג: טז).ש

16 Puis, la fête de la Moisson, fête des prémices de tes biens, que tu auras semés dans la terre ; et la fête de la récolte, au déclin de l’année, lorsque tu rentreras ta récolte des champs. (Exode 23 : 16)

 

L’année se renouvelle au moment même où le paysan finit d’amasser sa récolte. Une double satisfaction s’empare, alors, de l’agriculteur : la première, celle d’avoir pu terminer sans dommage le cycle agricole allant de la plantation, de la germination jusqu’aux fruits consommables et la seconde, celle de pouvoir recommencer ses plantations en vue d’une nouvelle récolte. Cette joie, toute justifiée qu’elle puisse être, comporte toutefois une menace :

יז וְאָמַרְתָּ בִּלְבָבֶךָ כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה. (דברים ח: יז).ש

17 et tu diras en ton cœur : « C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse. » (Deutéronome 8 : 17).

 

Dès lors que l’agriculteur savoure sa joie, la Tora l’enjoint de rejoindre, non point sa demeure fixe, mais la cabane du désert afin de lui rappeler que :

יח וְזָכַרְתָּ אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ–כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל לְמַעַן הָקִים אֶת-בְּרִיתוֹ אֲשֶׁר-נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ כַּיּוֹם הַזֶּה.  (דברים ח: יח).ש

18 C’est de l’Éternel, ton Seigneur, que tu dois te souvenir, car c’est lui qui t’aura donné la force d’arriver à cette prospérité, voulant accomplir l’Alliance jurée à tes pères, comme il le fera à cette époque. (Deutéronome 8 : 18).

 

La cabane de Soukkot a pour dessein de graver dans la conscience hébraïque l’énorme fossé séparant la vision d’Israël de celle de l’Egypte antique. La sédentarisation s’accompagnant de la richesse matérielle est susceptible de menacer toute civilisation qui, oubliant la véritable Source de la Bénédiction, s’approprie la couronne de ses efforts pour tomber dans l’autosatisfaction. La soukka est plus qu’un symbole, elle incarne le mouvement, la précarité, les défis à relever, l’inachevé et la quête de renouveau. En somme, elle invite à la progression. La cabane est l’espace où se forme la Vie, à l’image de la matrice où se développe le fœtus. L’Egypte, abhorrant l’élevage de petit bétail (Genèse 46 : 34), est une civilisation fondée sur le cycle constant et incessant des crues du Nil qui, déposant la terre noire du lœss, fécondent les cultures du fellah.

C’est avant tout le sentiment profond de n’être qu’un passager, un être éphémère et fragile sur cette Terre qui fait de nous ses habitants à part entière. Le Patriarche Avraham, aspirant à acquérir à prix d’argent la grotte de la Makhpela, précise aux Hettéens :

ד גֵּר-וְתוֹשָׁב אָנֹכִי עִמָּכֶם תְּנוּ לִי אֲחֻזַּת-קֶבֶר עִמָּכֶם וְאֶקְבְּרָה מֵתִי מִלְּפָנָי. (בראשית כג: ד).ש

4 « Je ne suis qu’un étranger et habitant parmi vous : accordez-moi la propriété d’une sépulture au milieu de vous, que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi » (Genèse 23 : 4).

 

Toutes les grandes œuvres faites de main d’homme dans le dessein d’être éternelles se sont effondrées. Le Titanic, lors de sa première grande croisière, fait naufrage en 1912 en percutant un iceberg ; le Concorde, le plus prestigieux de tous les avions civils supersoniques s’écrase en l’an 2000, mettant fin à sa carrière ; le tragique effondrement en 2001 des deux tours jumelles à Manhattan intervient seulement vingt-huit ans après leur achèvement, sachant que l’un des bâtiments du complexe, le 7 World Trade Center, ne sera pleinement terminé qu’en 1987.  Même le Temple de Jérusalem, édifié par la force humaine, gloire du roi Salomon, s’effondre à tout jamais.  Le prophète Amos annonce la renaissance du royaume de David qu’il compare à « une cabane déchue », et le retour des enfants d’Israël de l’exil afin de refleurir Erets Israël :

יא בַּיּוֹם הַהוּא אָקִים אֶת-סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת וְגָדַרְתִּי אֶת-פִּרְצֵיהֶן וַהֲרִסֹתָיו אָקִים וּבְנִיתִיהָ כִּימֵי עוֹלָם. (עמוס ט: יא).ש

11 En ce jour, je relèverai la tente de David qui est tombée, j’en réparerai les brèches, j’en restaurerai les ruines, je la rebâtirai [solide] comme au temps jadis. (Amos 9 : 11).

 

Cette soukka ressuscitée n’est autre que l’état d’Israël indépendant qui est en train de se reconstruire sous nos yeux !

[1] Parashat Shabbat Hol HaMoed Soukkot: Exode 33 : 12-34 : 26.

Hag Soukkot Samea’h et Shabbat Shalom!

Si vous voulez en savoir plus sur l’enseignement de Haïm Ouizemann venez visiter son site.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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