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Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" (La France n'a pas encore dit son dernier mot) à Versailles, à l'ouest de Paris , mardi 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)
Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" (La France n'a pas encore dit son dernier mot) à Versailles, à l'ouest de Paris , mardi 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)

En déclarant sur radio J que Zemmour « fait le juif de service pour les antisémites », Yannick Jadot a montré que l’enfer était pavé de bonnes intentions. Aurait-il eu les même propos vis-à-vis d’un candidat d’origine africaine ou maghrébine ?

Réduire ainsi un individu, aussi nauséabondes que soient ses idées, à sa seule origine n’est pas digne du débat politique. Comme l’a justement fait remarquer Maître Patrick Klugman sur l’antenne de RCJ, « Il n’y a rien en dehors de la naissance qui rattacherait Eric Zemmour au judaïsme ».

Yannick Jadot se trompe. Eric Zemmour n’est pas juif, il est israélite, et la nuance n’est pas sans importance.

Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Notre naissance ? Comme l’a joliment chanté Maxime le Forestier : «On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille », on ne choisit pas non plus de naitre catholique, protestant, juif, musulman ou bouddhiste, on le devient. Je n’évoque pas ici le fait religieux qui est de l’ordre de l’intime, et, qui peut, comme l’a écrit Amélie Nothomb dans « Soif », prendre brillamment des chemins de traverse, mais, ce sont nos paroles, nos actes, notre éducation, notre culture, et non notre origine qui font de nous ce que nous sommes.

Or, ce sont ces dernières qu’Eric Zemmour a patiemment gommées au fils du temps. Reprenant ainsi la phrase culte du film Blade runner, « Plus humain que l’humain », le candidat a ainsi réinventé le concept « plus français que français », même si cette contorsion intellectuelle a eu lieu au prix d’un révisionnisme qui n’a pu que choquer les 1300 personnes venues l’entendre à la Synagogue de la Victoire le 1er juin 2016.

Que l’on ne s’y trompe pas, la tentation de l’extrême n’est pas nouvelle au sein de notre communauté. Déjà Chaim Weizmann, le premier président de l’état d’Israël, a rencontrait Mussolini en 1926 et moins d’une dizaine d’année plus tard, à en croire Pierre Milza, 10 % de la population juive italienne était membre du parti fasciste.

Plus près de nous, et même si elles doivent être considérées à l’aune d’un contexte spécifique, l’apparition au grand jour des extrême-droite israéliennes se doit de nous interroger sur le devenir du fragile équilibre du seul état du Moyen-Orient à avoir reconnu les droits des personnes LGBT et la monté en puissance de mouvements ultranationalistes homophobes malgré la courageuse interdiction des thérapies de conversion initiée par le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz.

Tout à chacun a des squelettes dans ses placards, le seul problème est que ceux d’Eric Zemmour ne demandent qu’à réécrire l’histoire au nom d’un nationalisme outrancier. Il serait bon que celles et ceux d’entre nous tentés d’accorder leur voix à ce digne héritier du monde abominable décrit par Orwell sachent que sa réécriture du passé n’aboutira qu’à un avenir digne de 1984.

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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