Sermon d’un kabbaliste marocain anonyme du début du XXe siècle 

Le cas du chabbat est comme le cas de David qui ressemble (à son tour) au cas du Saint béni soit-il. Or, ceci ne laisse pas d’étonner.

Mais il est possible d’interpréter cela (ce triptyque) par des exemples, en s’appuyant sur ce que nos sages de pieuse mémoire ont dit dans le midrash : le Saint béni soit-il a dit à Moïse notre maître : J’ai un beau cadeau dans le coffre de mes trésors et son nom est le chabbat. J’entends l’offrir à Israël.

Au même moment, ils (les anges) lui dirent : Maître de l’univers, le chabbat mais où est il donc ? Car il n’est pas mentionné parmi les six jours de la création. Ainsi qu’il est dit (Genèse 1 ; 4) : il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.

Et il en fut ainsi pour tous les autres jours jusqu’au sixième. Pourtant, le jour du chabbat n’est guère mentionné.

Cette question a fait l’objet d’un examen au sein duquel on s’est servi d’une prémisse extraordinaire.

Nos sages de pieuse mémoire enseignent : les six jours de la création à partir desquels le Saint béni soit-il a créé son monde, comptaient chacun vingt-huit heures, quatorze heures pour le jour et quatorze heures pour la nuit.

Et lorsque le Saint béni soit-il décida de créer le jour du chabbat il prit au jour deux heures et à la nuit deux heures… De chacun de ces six jours il retira quatre heures. Et six fois quatre heures, donne vingt-quatre heures. Mais les anges du service ne connaissaient pas ce secret établissant les heures du chabbat qui se trouve pourtant dans les versets suivants de la Torah, du type : Souviens toi du jour du chabbat (Exode 20 ;8) et aussi observe le jour du chabbat (Deut. 5 ;12). Et on trouve de nombreux versets de ce type disséminés dans la Torah… Les anges se sont donc posés la question : mais où donc est le chabbat ?

Et ils (les anges) ont dit : mais le chabbat où est-il ? Et David où est-il ? Les anges ont posé cette question lorsque Dieu a dit : David, le roi d’Israël est bien vivant. C’est qu’en principe, il devait mourir ; alors que fit le Saint béni soit-il ? Il retira aux patriarches du monde quelques années de leur vie, ainsi qu’il est dit dans le Psaume hinné bétohot natata yamaï . Comme les anges du service ont vu que le Saint béni soit-il avait dit : David, le roi d’Israël, est bien vivant. Ils (les anges du service) ont dit : Maître de l’univers, mais David où se trouve t-il ? C’est qu’en principe il ne disposait pas de ces années de vie qui n’avaient pas été évoquées précédemment. C’est pour cela que le cas de David ressemble au cas du chabbat.

De ce qui précède il suit que le cas du chabbat ressemble à celui de David. Ils ont dit aussi : ce cas est similaire à celui du Saint béni soit-il. Comment faut-il le comprendre ?

Nos sages de pieuse mémoire ont dit que le Saint béni soit-il a pris les quatre lettres sacrées (de son Nom) pour les donner à quatre êtres humains… Comment cela ? La lettre yod fut donnée à Yéhochoua (Josué), la lettre Hé fut donnée à Abraham, l’autre lettre finale (du Tétragramme) fut donnée à Sarah dont le nom précédemment était Saraï et la lettre vaw fut donnée à Jethro dont le nom précédent était Yéter,

Les anges du service ont donc aussi demandé mais où est le Nom tétrégrammate (puisque Dieu est censé l’avoir distribué aux Justes) ? Le Saint béni soit-il  a distribué aux Justes les lettres de son Nom car il lisait dans la Tora jour après jour,  des versets comme : Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée. C’est que les anges du service ne connaissaient pas le fin mot de l’affaire… D’où la question qu’ils ont posée.

La lettre yod dans son intégralité (?) donne 20 . Le Saint béni soit il a donné son yod qui n’en demeure pas moins à la place qui était la sienne à l’origine ; il a donné sa lettre qui n’en demeure pas moins à sa place originelle ; il a donné son waw qui n’en demeure pas moins à sa place originelle et il en va de même pour la lettre finale (de son Nom). En vérité, Dieu n’a donné que la partie occulte de son Nom (Tétragramme). Conclusion : le cas de David ressemble bien au cas du Saint béni soit-il.

Les anges dirent : mais où est le Nom tétragrammate béni soit-il ? Il est chez les quatre personnes évoquées plus haut. Il est dit de notre matriarche Rébecca (Genèse 25 ;22) : S’il en est ainsi, pourquoi moi ? Elle alla consulter l’Eternel. Mais où puisqu’il a distribué son Nom aux Justes ? Et c’est à cet effet qu’il est dit : Mais mon Nom tétragrammate je ne le leur pas fait connaître… Et nos sages de pieuse mémoire ont relevé un distinguo ; il n’est pas écrit hoda’ti (faire connaître, révéler) mais noda’ti (être connu à la voix passive, se faire connaître). Et ils ont occulté cette question des lettres sacrées car bien qu’offertes les lettres demeurèrent dans le Nom ; et c’est pour cette raison qu’il est écrit noda’ti et pas hoda’ti… Et cela a un rapport avec ce qui fut dit de EL CHADDAÏ et du TETRAGRAMME : que me vaut l’un et que me vaut l’autre ? Abraham lisait chaque jours les versets de la Tora : Je suis l’Eternel ton Dieu… Dieu parla à…

Lorsque le Saint béni soit-il se révéla sous le Nom d’EL CHADDAÏ, il y avait une sorte de condition : s’ils (les enfants d’Israël) se conduisent bien lui (Dieu) aussi les gratifiera de ses bienfaits. Mais si tel n’est pas le cas, lui aussi s’abstiendra. En revanche, avec le Nom tétragrammate,  plus de clause suspensive : qu’ils se conduisent bien ou mal, Dieu les gratifiera de ses bienfaits. Puisse t-il nous gratifier de ses bienfaits éternellement. Amen et puisse t-il en être ainsi.

Bien qu’il ait distribué les quatre lettres de son Nom, le Tétragramme est resté dans son lieu.

Précédemment Abraham se nommait Abram et Jethro Jether. A l’origine, Sara se nommait Saraï et Yehoshoua (Josué) Yéshou’a…

(Visiblement, le texte est incomplet et s’arrête abruptement ici

 

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
Comments