Semaine de travail de quatre jours en Israël ? Non merci !

© Stocklib / pitinan
© Stocklib / pitinan

Lorsque dans les années soixante, on proposait au Premier ministre israélien Levi Eshkol de fixer la semaine de travail à cinq jours, il répondait : « c’est un peu exagéré, commençons par travailler un jour, on verra ensuite ».

En Israël de 2022, alors que le débat sur la semaine de travail rebondit, cette blague semble plus actuelle que jamais.

Le phénomène est connu et nous l’avons déjà soulevé ici ; dans toutes les comparaisons internationales, l’Israélien travaille trop et produit peu.

En Israël, ce n’est pas le nombre de jours de travail par semaine qui pose problème ; c’est la durée du temps de travail hebdomadaire, calculée en heures, qui est trop longue et qui doit être au centre des débats.

Tous les experts occidentaux sont d’accord : une réduction du temps de travail est favorable à la productivité, à l’emploi, à la consommation et à l’ensemble de l’activité économique.

Faux débats

Depuis 2018, la durée légale du travail en Israël est de 42 heures par semaine ; c’est une des plus longues des pays occidentaux.

On est très loin des 35 heures à la française et même largement au-dessus de la moyenne européenne qui tourne autour de 38 heures hebdomadaires.

Vouloir réduire la semaine de travail à quatre jours par semaine part d’une bonne intention ; à condition de réduire aussi le nombre d’heures travaillées.

La question du nombre de jours de travail est donc un faux débat, qui cache le vrai problème du travail en Israël : l’Israélien passe trop de temps à son travail.

Ce qui explique qu’il est peu productif : la productivité (la production par heure travaillée) du salarié israélien est une des plus basses des pays occidentaux.

Autrement dit, si l’Israélien reste longtemps sur son lieu de son travail, il n’y travaille pas efficacement.

Vraies questions

La réduction de la semaine de travail revient régulièrement à la une de l’actualité et engendre des débats houleux dans l’opinion publique, au sein de la classe politique et parmi les syndicats.

Dans de nombreux pays occidentaux, le Covid a incité certaines sociétés à opter pour la semaine de quatre jours mais sans réduction de la durée totale du travail ; ce qui est possible dans les pays où la durée hebdomadaire est relativement basse.

Ce n’est pas le cas en Israël ; avant d’aborder la semaine de quatre jours, il est nécessaire, indispensable et urgent, de réduire les trop longues heures de travail du salarié.

Or curieusement, les récentes propositions de passer à la semaine de quatre jours en Israël (la dernière en date a été émise par le directeur général de la sécurité sociale) ne disent rien sur la réduction du temps de travail, voire de l’impact sur le salaire.

Passer à la semaine de quatre jours sans réduire la durée hebdomadaire du travail, c’est mettre la charrue avant les bœufs.

Lorsqu’Israël aura réduit la durée hebdomadaire du travail au niveau de la moyenne européenne, il sera alors possible d’envisager la semaine de quatre jours.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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