Savoir questionner pour comprendre

Vote lors d'une réunion d'urgence de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York le 21 décembre 2017 sur la situation de Jérusalem. La réunion s'est tenue à la suite de la déclaration du président des États-Unis, Donald Trump, reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël. Photo : Amir Levy / FLASH90
Vote lors d'une réunion d'urgence de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York le 21 décembre 2017 sur la situation de Jérusalem. La réunion s'est tenue à la suite de la déclaration du président des États-Unis, Donald Trump, reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël. Photo : Amir Levy / FLASH90

Israël est perçu comme un fauteur de troubles dans les cercles diplomatiques européens, notamment en ce qui concerne l’Iran. Un empêcheur de tourner en rond diront d’autres.

La tentative d’Emmanuel Macron de mettre Donald Trump devant un fait accompli au G7 en y invitant l’Iran en catimini, dévoile plus la profondeur du désaccord entre l’Europe et les USA que le génie politique du président Français. Ce désaccord repose sur la perception que ces deux antagonistes ont de l’Iran et devant une telle disparité, il faut revenir à la base et poser des questions élémentaires afin de comprendre le statut géopolitique de l’Iran.

Les Iraniens investissent d’énormes ressources matérielles, humaines et financières en menaçant Israël d’extermination. Ils ne ménagent pas même leur propre peuple. Est-ce que quelqu’un en Occident s’est posé la question pourquoi ?

Tous les conflits peuvent être expliqués. Les raisons valent ce qu’elles valent, mais même les conflits meurtriers afin de sauver l’honneur ou l’amour d’une femme peuvent être expliqués.

Le conflit Israélo-Arabe, à ses débuts, avait une raison qui pouvait être vendue à l’extérieur : Une terre et plusieurs ethnies. Conflit classique avec une raison « légitime ». La Palestine Mandataire, terre des Juifs appelée « province de Judée » et renommée en 135 AEC « province Syrie-Palestine » par les Romains qui venaient d’étouffer le dernier bastion de la révolte des Juifs a Massada, a été promise aux Juifs par les Anglais en 1917 avec la déclaration Balfour.

Cette terre a été partagée une première fois après les Accords de San Rémo en 1922 où seulement 20 % de la Palestine mandataire fut octroyée aux Juifs pour y créer leur foyer national. 80 % restants furent donnés aux Arabes qui créèrent la Transjordanie, devenue en 1946 la Jordanie.

Une deuxième partition proposée par la commission Peel en 1947, coupait ces 20 %, en deux parties plus ou moins égales mais cela n’a pas suffi pour les Arabes qui rejetèrent cette partition alors que les Juifs proclamèrent leur état. Aujourd’hui, certains nient l’existence même du peuple Juif, comme Shlomo Sand, d’autres clament que le peuple Palestinien est antérieur au peuple Juif qui est venu lui voler sa terre selon la théorie de Mahmoud Abbas, il y a ceux qui disent que les Palestiniens ne veulent pas créer d’état, preuve en est qu’ils avaient 19 ans pour le faire entre 1948 et 1967.

Il y a aussi les adeptes d’une solution à un état, chez les Juifs comme chez les Arabes, et à deux états qui est la solution préférée de la diplomatie internationale de nos jours. Mais toutes ces tergiversations tournent autour d’un conflit territorial à la base, et des modalités d’un compromis. Ce conflit peut être expliqué, que l’on soit d’accord avec l’explication ou pas.

Les Russes se battaient contre les Américains afin d’avoir plus d’influence sur le monde. Les Allemands voulaient conquérir l’Europe afin d’y instaurer une suprématie raciale. Xérès, Athènes, César et Napoléon voulaient tous diriger le monde, les Hindoues et les Pakistanais se battent aujourd’hui à propos du Cachemire, les Syriens veulent retrouver le Golan et les Libanais peuvent officiellement dirent qu’ils sont inquiets d’une invasion israélienne. Toutes ces raisons, valables ou mal fondées, sont des raisons aux guerres que ces nations ou despotes ont engendrés.

Rien de tout cela n’explique l’animosité de l’Iran envers Israël.

L’histoire Juive avec les Perses est inexistante. Certes, une altercation a été documentée entre Juifs et Perses il y a 2 500 ans avec l’histoire de Mardochée et d’Esther, et les Juifs fêtent de nos jours Pourim pour remercier le ciel de les avoir sauvés d’un holocauste préétabli et bien planifié par Haman, ministre du roi Assuérus.

Mis à part cet épisode relativement court, il n’y a pas eu de liens quelconques entre les Juifs et les Iraniens. Les « oreilles de Haman », friandise de Pourim dont les enfants raffolent, ne peuvent pas être en soi une raison suffisante de cette animosité envers l’État hébreu.

Il n’y a pas d’hostilités entre Israël et l’Allemagne par exemple malgré les souvenirs de la deuxième guerre mondiale, ni entre les Juifs et les Italiens qui sont les descendant des Romains, ni avec les Grecs, les Égyptiens, les Espagnols et nous pourrions continuer cette liste. Avec toutes ces nations, les Juifs ont eu des déboires et l’État d’Israël d’aujourd’hui n’a pas de relations tendues, suicidaires ou belliqueuses avec aucune d’entre elle.

Est-ce que l’Iran en veut aux ressources naturelles d’Israël ? Étonnant car ces dernières sont quasi inexistantes. Y a-t-il un conflit territorial ? Étant éloigné de plus de 2 500 km à vol d’oiseau (laissons de côté l’humour noir), cette raison ne peut pas être prise au sérieux. Veulent-ils défendre la cause de leurs « frères Palestiniens » ?

L’Arabie Saoudite, l’Irak, le Yémen, le Maroc, l’Algérie et près de 22 pays Arabes sont aussi les « frères des Palestiniens » et aucun de ces pays ne menace Israël d’extermination de la sorte. Même une histoire galante dont nous n’avons pas entendu parler est peu probable de nos jours.

Dans ce tête-à-tête, les Israéliens ne veulent pas que les Iraniens aient la bombe atomique pour des raisons compréhensibles car ces derniers menacent Israël d’extermination. La question reste pourquoi ces menaces ?

Mis à part le cynisme qui peut transpirer de cette revue, c’est une question sérieuse qui doit être posée par les chancelleries Occidentales car ces dernières sont impliquées et elles veulent influencer, en témoigne l’affront Français aux États Unis pendant le G7, comme l’a défini Nikki Haley.

Évidemment, certains n’hésiteront pas à accuser Israël, ou au moins son Premier ministre, qui œuvre à « marginaliser l’Iran dans le monde ». Netanyahou, qui a réagi aux menaces du pays des Mollahs et non pas le contraire, ne demande qu’à stopper le développement d’armes de destruction massive.

Des extrémistes réussiront à donner des théories conspirationnistes mais laissons un moment les extrêmes de droite et de gauche qui répandent à travers le monde des théories plus grotesques, que mensongères. Nous devons questionner les dirigeants sérieux du monde libre, leurs intellectuels, leurs responsables et leurs élites avec cette question simple. Que veulent les Iraniens des Israéliens ?

Il est sûr que les Juifs pourraient répondre sempiternellement : « Ils ne nous aiment pas donc ils veulent nous tuer » mais cette réponse ne peut pas être prise en considération aujourd’hui par les chancelleries Occidentales tout comme les explications mystiques ou théologiques ne sont pas recevables. Soyons sérieux. Sans connaître les raisons de cette animosité, nous ne pouvons qu’adresser des réponses temporelles qui ne traitent en rien les raisons mais allègent momentanément les conséquences. Tout comme un médecin qui donne de l’aspirine pour faire baisser la fièvre d’un malade sans en connaître sa maladie.

Lorsque les Occidentaux sauront répondre à cette question basique, ils seront en mesure de s’asseoir avec le président Iranien Hassan Rouhani, pour trouver une solution à l’impasse dans laquelle se trouve le dossier nucléaire iranien. Sans cela, nous resterons dans le cadre de cette fameuse phrase d’Albert Camus que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

à propos de l'auteur
Journaliste, chimiste, traducteur et ingénieur, Bruno J. Melki utilise une approche scientifique dans ses recherches journalistique afin de présenter la réalité d’un des conflits les plus médiatisé, mais aussi des plus falsifié, de l’histoire contemporaine. Après avoir poursuivi des études de chimie, de statistiques et avoir travaillé en recherche pendant plusieurs années à l’Université de Jérusalem, Bruno J. Melki rejoint le monde de la haute technologie Israélienne. Il publia en parallèle une chronique économique hebdomadaire en Hébreu dans Makor Rishon et traduisit le livre de Ben-Dror Yemini : L’Industrie du Mensonge.
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